… à tous les coups, ça n’existe pas. Voilà, on pourrait s’arrêter là : il n’existe aucun système de gestion des comportements qui fonctionne vraiment et avec tous. On pourrait tous les jeter à la poubelle ou alors continuer d’en utiliser en sachant que ça ne fonctionnera pas vraiment. Mais pourquoi ça ne fonctionne pas si bien ? Bon, je vous rassure, en dehors de ce petit effet de style (pas très recherché, certes), vous l’aurez deviné, je vais quand même vous partager ma réflexion au sujet des systèmes de gestion des comportements.

Tout au long de cet article, je vais partager avec vous mon point de vue, mon analyse. Même si je m’efforce de relativiser dans mes propos, je vous invite à considérer cet article avec tout le recul qui se doit. Je ne prétends pas détenir la vérité et je serais ravie de profiter de votre opinion (exprimé avec respect).

Je vais aussi sembler assez négative dans cet article, à dire tout ce qui ne fonctionne pas. Cela dit, les élèves qui n’entrent pas dans ces systèmes présentent souvent le même fonctionnement : ils n’analysent pas ce que nous proposons comme nous aimerions qu’ils le voient mais selon une approche qui leur est propre, et souvent assez négative aussi. Je vais quand même essayer d’être un minimum constructive !

A la recherche du bon système

Dans mon école actuelle, la question va se poser car l’équipe souhaiterait faire évoluer ou se défaire de son système actuel. L’outil a été utile mais aurait fait son temps, et je le comprends parfaitement ! Je vous avais déjà partagé ma vision des choses concernant la gestion des comportements sur le blog, il y a bientôt deux ans. J’y parlais avant tout de posture et de convictions profondes, aussi je vous conseille la lecture de ce premier article avant d’aller plus loin.

J’y avais par contre un peu éludé la question du “système” car je crois que ce n’est pas la question essentielle lorsqu’on évoque la gestion des comportements. Aucun système, en vérité, ne “gère” les comportements, c’est nous qui le faisons. Pourtant, et quoiqu’on en dise, cette question du système (ou plutôt du dispositif) se pose toujours : soit qu’on n’ait pas encore trouvé de système qui nous satisfasse, soit qu’on cherche à harmoniser les pratiques à l’échelle d’une école (voire plus). Je vais donc me pencher ici sur les systèmes de gestion des comportements : comment je les analyse, comment je les construits. Ces pistes de réflexion pourront peut-être vous aider dans votre propre démarche.

Un support de médiation

Par contre, je ne vous fournirai pas de système parfait. Comme je l’ai dit dès le titre de cet article : le système qui marche à tous les coups n’existe pas. Ou en tout cas, je ne l’ai pas trouvé. Par contre, on peut chercher celui qui fonctionnera pour la grande majorité des élèves, celui qui nous sera utile.

Mieux : on cherchera un système qui traduise correctement nos convictions profondes. Du coup, il pourrait y avoir autant de systèmes valables que d’enseignants. Il s’agirait d’en faire un support de médiation avant tout, c’est à dire un support qui permette à l’élève de mieux comprendre notre posture. Trop souvent, on base notre gestion de classe sur un système au lieu de penser un outil ou un dispositif qui se base sur notre gestion de classe.

Schématisation d'un système classique de gestion des comportements : le système définit un ensemble de retours (feedback type sanction ou valorisation/récompense). On espère que ce feedback va agir sur les comportements grâce au système intermédiaire qui rend ce retour prévisible.
Schématisation d’un système classique de gestion des comportements : le système définit un ensemble de retours (feedback type sanction ou valorisation/récompense). On espère que ce feedback va agir sur les comportements grâce au système intermédiaire qui rend ce retour prévisible (cliquez pour agrandir).

L’exhaustivité et les réponses automatiques

Aussi, j’ai du mal à adhérer aux systèmes trop systématiques et automatiques. Il existe une multitude de règles spécifiques (voir mon article “Des règles pour un meilleur climat de classe“) et autant de manquements possibles. Les lister tous me semble un travail aussi fastidieux qu’impossible et inutile. On ne peut pas tout prévoir.

L’exhaustivité

Il y aurait trois inconvénients majeurs à tenter de lister toutes les possibilités selon moi :

  • D’abord, on perdrait l’élève dans les détails (voir l’article “Des règles pour un meilleur climat de classe“). Il n’aurait pas de vision globale de ce qu’on attend de lui, ni des principes fondamentaux sur lesquelles on s’appuie. Pour un élève en difficulté du point de vue du comportement, c’est un véritable problème.
  • Ensuite, on risquerait d’oublier certaines possibilités et de se trouver bien embêté quand elles surviendront.
  • Enfin, on aurait surement tendance à essayer de faire rentrer les comportements des élèves dans les cases déjà prévues, même lorsque ça ne colle pas tout à fait.

Certes, l’exhaustivité semble donner une sorte de légitimité à un règlement et un système. On a aussi un peu l’impression d’être (ou d’avoir l’air) plus impartial en s’appuyant sur un système ainsi fait. Pourtant, il me semble important de rappeler que nous n’avons pas à prouver notre légitimité quand il s’agit de faire appliquer un règlement. C’est vrai qu’on soit dans une approche verticale (l’enseignant “juge”, valorise ou sanctionne) ou une approche coopérative (intervention des pairs). En tant que professionnels, nous sommes garants de l’établissement et du respect du règlement, quelle que soit sa forme et notre fonctionnement. Si nous sommes au clair avec ce que nous faisons, notre légitimité sera reconnue. Tenter de la justifier, c’est déjà reconnaitre qu’elle pourrait être questionnée.

Les réponses systématiques et automatiques

Certains manquements à certaines règles varient en importance et en gravité selon le contexte. Par exemple, prendre la parole sans lever le doigt et sans y avoir été invité est plus dérangeant en évaluation qu’en sortie scolaire. On ne pourra donc ni prévoir une réponse automatique pour chaque manquement et chaque contexte, ni réagir systématiquement à tous les manquements, puisque certains sont d’une importance infime (voire ne sont pas du tout importants).

Avant d’aller plus loin, je vous invite aussi à découvrir cet article sur les échelles de comportement avec les plus petits. Je trouve que c’est inutile en maternelle et inefficace, certes, mais l’auteure partage ici son expérience et je trouve cela instructif. N’oublions pas que les jeunes élèves fonctionnent beaucoup à l’affectif (“faire plaisir à l’adulte”) et ont beaucoup de peine à se rappeler d’un évènement ultérieur puisque cela fait partie des apprentissages en cours.

Un système positif ou négatif ?

Grand débat, assez insoluble parfois. Faut-il sanctionner ou récompenser ? Les deux ? Aucun des deux ?

Sanctionner les manquements

On sait désormais, grâce à de multiples recherches, que se concentrer sur la sanction des manquements aux règles est une façon de renforcer ces comportements qu’on souhaite pourtant éliminer. Finalement, on n’apporte de l’attention qu’à ceux qui “fautent” au détriment de ceux qui respectent les règles. En découle un double effet négatif : certains élèves seraient encouragés à poursuivre sur leur lancée pour continuer à être le centre de l’attention alors que les élèves les plus sages se sentiraient délaissés. Voilà ce qu’on gagne à être trop obéissant : le maitre ou la maitresse ne s’intéresse pas à nous.

Pourtant, il faut bien sanctionner, n’est-ce pas ? On en revient à ce que j’avais déjà eu l’occasion d’écrire : mieux vaut graduer les sanctions. Et quand je dis graduer, on peut déjà en éliminer un certain nombre. Faut-il, par exemple, sanctionner un élève à chaque fois qu’il parle sans lever le doigt ? Autrement dit : la sanction va-t-elle réellement aider cet élève à lever le doigt plus souvent ? Va-t-il, grâce à cette sanction, mieux comprendre qu’il ne doit pas intervenir de façon intempestive ?

On sait que ce qui différencie la sanction de la punition, c’est que la sanction est éducative : elle aide l’élève à apprendre, à comprendre et, quand c’est possible, à réparer. Or, on s’écarte souvent de cette définition. Aussi, je préfère un système qui n’applique pas de “sanction automatique” parce que, selon l’élève et la situation, ce qui est automatique ne sera pas vecteur d’apprentissage. A nous, ensuite, de rester cohérent.

Evidemment, il existe des cas extrêmes. Je considère comme “extrême” un manquement au règlement qui constitue, en fait, un manquement important à la loi : violence, menaces, harcèlement, etc. Là, il peut être utile d’envisager un panel de sanctions et de mesures dans lequel on pourra piocher tout en restant cohérent avec les collègues.

Récompenser les bons comportements

Au lieu de fonctionner avec un système de sanctions, on nous encourage fortement à valoriser les bons comportements. Cela dit, on a vite fait de s’égarer en s’y essayant.

Et puis d’abord, faut-il vraiment récompenser ? Une collègue me faisait remarquer, il y a quelques années, qu’à récompenser un élève parce qu’il écoute, parce qu’il est prêt rapidement, parce qu’il respecte les règles, on laisse entendre que le respect des règles est un fait suffisamment exceptionnel pour être récompensé. Or, le respect des règles ne devrait-il pas être la norme ? Encore une question qui donne à réfléchir…

Les privilèges

Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas une grande adepte de ce mot. J’aborde la question avec celui-ci volontairement. Pour moi, le mot “privilège” m’évoque “privilégiés”. Or, établir des privilégiés, c’est diviser : d’une part ceux qui jouissent de privilèges, d’autre part ceux qui n’en profitent pas. Il y a quand même un fort risque que chacun reste bien dans sa case, alors même qu’on espérait motiver un changement pour certains.

Evidemment, ce n’est pas ce que souhaitent exprimer ceux qui utilisent parfois ce terme et j’ai conscience d’être potentiellement un peu extrême dans mon propos. On parlera plus souvent de “droit” : en respectant les règles, on obtient des droits (ou on les préserve). Deux situations en général :

  • Au départ, on a peu de droits. A force de respecter les règles, on gagne de plus en plus de droits.
  • Au départ, on a un maximum de droits. A force de manquer aux règles, on en perd.

La deuxième situation n’est plus si positive que cela finalement. Pour la première situation, on peut aussi questionner sur ce qu’on donne à voir. Quelque part, ne dit-on pas que nous pensons que derrière chaque élève se cache un potentiel “fauteur de trouble” et que chacun devra prouver sa valeur ? Je ne dis ni que cela est mauvais, ni que cela est bon. Simplement, il peut être intéressant d’envisager cette interprétation.

Par contre, je suis quand même assez favorable à une certaine façon de voir les droits gagnés, surtout à l’échelle d’une école. Partons du principe qu’on utilise une échelle de couleur (vert, jaune, orange, rouge). On peut avoir, pendant la récréation, un espace dédié à des jeux de société par exemple. Or, pour jouer à ces jeux, il faut être en état de respecter les règles de façon autonome : il faut donc être dans le vert ce jour-là. Idem si on veut laisser un accès à la salle informatique ou à la bibliothèque comme j’ai pu le voir dans certaines écoles. On pourra accepter du jaune pour un jeu de ballon. Etc. Si on repart de zéro assez souvent, tous les élèves peuvent entrer dans un tel fonctionnement.

Les récompenses et autres bons points

La récompense peut prendre de nombreuses formes. Parfois, on va jusqu’à récompenser nos élèves avec des petits cadeaux. Et ça se comprend : on les adore tant, nos chers élèves, qu’on a envie de les gâter ! Cela dit, parlant de cadeaux ou de bons points, ne serions-nous pas en train de brouiller les pistes ? 

Pourquoi l’élève doit-il “être sage” ? La réponse que je leur explique est la suivante : pour bien vivre ensemble dans un climat serein, pour être en sécurité et pouvoir bien apprendre. Donc, la récompense des bons comportements est celle-ci. En introduire une autre, ce serait peut-être donner l’impression qu’on respecte les règles pour gagner un bien matériel.

Et puis, là encore, quel regard va porter cet élève en difficulté de comportement qui ne reçoit jamais rien ? “Oh, ben il n’a qu’à bien se comporter !” pourra-t-on entendre parfois. Certains, pourtant, ont besoin d’être épaulés et guidés plus que d’autres. Ceux-là sont trop souvent éliminés d’office lorsqu’on applique un tel système et ce malgré nos efforts.

Permettre de visualiser

Du coup, après avoir testé l’un et l’autre, j’ai fini par abandonner ces deux approches. C’est que je n’arrive pas à m’y retrouver et à y voir l’expression de mes convictions.

Du coup, mon “système de gestion des comportements” est avant tout un outil qui permet de donner un repère visuel à l’élève. Il a un feedback (retour) direct, explicite et simple concernant son comportement et, en plus de cela, un repère visuel. Est-il calme, prêt à apprendre ou coopérer ou, au contraire, est-il agité et perturbateur ? Il ne s’agit ni de sanctionner, ni de récompenser, simplement de permettre à l’élève de savoir où il en est. Est-ce que ça fonctionne ? J’ai très envie de répondre “oui”, mais je me contenterais de dire “ni plus ni moins que lorsque mon système incluait la sanction et/ou la valorisation des bons comportements”. Quelque part, on peut dire que ce “système” ne gère pas les comportements, il permet simplement d’en obtenir une vue d’ensemble (avec toutes les limites que cela implique).

Cela peut aussi être un moyen de communication avec les familles. Régulièrement, les familles peuvent “observer” le comportement de leur enfant. Il ne s’agit pas d’une punition puisque les parents peuvent observer le bon comme le moins bon. C’est leur droit d’être informé, tout simplement. On réfléchira toutefois à la forme et la fréquence car certains enfants ont aussi un vécu familial compliqué, venant interférer avec son bien-être à l’école.

Par contre, cette façon de faire à ses limites à l’échelle d’une école. Si la question se pose dans celle où je suis cette année, c’est qu’il y a de nombreux décloisonnements et échanges de services. Aussi, il est beaucoup plus difficile d’être cohérent les uns avec les autres si un minimum n’a pas été défini. Une idée ? Lister quelques comportements attendus, les manquements “types” (les plus fréquents) et le genre de sanctions possibles dans ces cas-là, si nécessaire. On en revient alors un peu à ce qui a déjà été dit précédemment.

Stimuler et induire les comportements au lieu de les sanctionner

Après avoir réfléchi à tout ça, je me dis qu’au final, le mieux serait peut-être de changer de point de vue. Le “système” deviendrait un dispositif, une partie intégrante du cadre, et aurait pour but de précéder les comportements pour les orienter. Il n’aurait plus pour mission de définir l’ensemble des sanctions ou récompenses que pourraient générer un système “classique” tel que décrit précédemment.

Ici, le dispositif est un cadre et une façon de fonctionner qui permet d'impulser certains comportements tout en limitant les risques d'apparition de ceux qu'on ne souhaite pas voire émerger. Le retour est fait directement en fonction du comportement, à la discrétion de l'enseignant.
Ici, le dispositif est un cadre et une façon de fonctionner qui permet d’impulser certains comportements tout en limitant les risques d’apparition de ceux qu’on ne souhaite pas voire émerger. Le retour est fait directement en fonction du comportement, à la discrétion de l’enseignant (cliquez pour agrandir).

La place des pairs

Puisqu’on parle “gestion des comportements”, on peut aussi évoquer la régulation par les pairs. Je manque d’expérience mais je pense à deux dispositifs essentiellement.

Le premier est le conseil des élèves ou conseil de classe. De nombreux exemples sont évoqués dans ce rallye-liens de la CPB. Le fait de réfléchir collectivement à un problème et y chercher une solution est surement plus important (en terme d’apprentissages) et efficace (du point de vue du climat de classe) que la sanction ou la récompense. Toujours faut-il ne pas glisser du conseil des élèves à un tribunal. C’est un apprentissage aussi, essentiel pour être efficace en groupe et en collectivité.

Dans mon école actuelle, il y a des délégués pour chaque classe et un conseil d’école mensuel. Je trouve cela vraiment génial ! Les élèves ne font pas que s’intégrer à un cadre : ils en sont acteurs, ils réfléchissent et agissent. C’est tellement formateur.

Le second, et je vais en parler juste après, consiste à créer des équipes au sein de la classe.

Et si on formait des équipes ?

A partir du moment où notre système de gestion des comportements n’est plus ni un système visant à définir des sanctions, ni un système visant à définir une forme de valorisation des comportements, on peut décider d’en faire autre chose. On peut en faire, en fait, un véritable outil de gestion de classe. Et rien ne nous oblige plus à une gestion individuelle. Là, on s’écarte complètement des habituelles échelles de comportement. Cela dit, l’un et l’autre peuvent être complémentaires.

J’avais (re)découvert cette façon de faire avec les classes Harry Potter qui se multiplient et mes questions étaient nombreuses :

  • Les équipes sont-elles fixes à l’année ?
  • Les groupes sont-ils en concurrence ?
  • Sur quels critères gagne-t-on ou perd-on des points ? (ou autre chose)
  • Qu’y a-t-il à gagner à la fin ?

Tout cela rejoint ce que j’ai pu dire précédemment finalement, appliqué à une autre échelle. N’ayant pas testé, je n’ai pas grand chose à en dire. Je vous conseille de consulter l’article de Mélimélune qui en parle un peu et qui complète globalement assez bien mon propos. Je vous conseille d’aller jusqu’à lire nos échanges en commentaire.

Cela dit, j’aime globalement assez peu la concurrence. Pourtant, ceux qui testent ce mode de fonctionnement mettent surtout en avant le côté coopératif. Les élèves se motivent les uns les autres. Ce qui fait que cette proposition retient mon attention c’est qu’on diminue le risque d’un élève en marge, qui s’exclut par son comportement mais qui serait aussi exclu par les autres. Là, les autres le motiveront à s’améliorer.

Là encore, à l’échelle d’une école, je ne sais pas ce que ça peut donner. Ça me semble bien compliqué à gérer tel quel lors de décloisonnements. Ce serait une sacrée organisation à mettre en place. De quoi en rebuter plus d’un. Si quelqu’un a déjà vu faire, je suis curieuse d’en apprendre plus sur cette expérience.

Sur quelle durée ?

A la journée, à la demi-semaine ou à la semaine ? La question est de savoir, dans un premier temps, si les “pénalités” sont indélébiles. C’est rarement le cas. Mais du coup, combien de temps est conservé la trace ? Et l’impact (au niveau des droits, des sanctions, etc.) ? Combien de temps faut-il pour revenir à zéro ? Autrement dit : au bout de combien de temps l’élève en difficulté a le droit à une nouvelle chance ?

Et pour ce qu’on gagne, privilèges ou récompenses : les questions restent les mêmes. On pourra aussi se demander si ce qui est acquis l’est définitivement ou si ce qui est offert peut aussi être repris.

Voici ce que j’en pense après de multiples tâtonnements :

  • Moins il reste de traces d’une erreur, plus on laisse de place à l’élève pour se reprendre (rien n’empêche de conserver des notes pour soi bien sûr).
  • Plus l’élève est jeune ou plus il est en difficulté de comportement, plus il faut pouvoir reprendre de zéro rapidement si on fonctionne avec des pénalités ou sanctions.
  • Quand on fonctionne avec des récompenses, je préfère qu’elles soient acquises et qu’elles ne puissent pas être reprises ou retirées : c’est important pour ceux qui peinent à en obtenir.
  • Quand on fonctionne avec des droits, le système doit permettre d’être au plus proche de l’état (apte ou non) de l’élève à l’instant T : encore pour un élève en difficulté, ne pas avoir accès aux jeux de cour parce qu’il a couru dans les couloirs il y a cinq jours ne fait pas sens. 

Un système pratique et lisible

Enfin, pour être efficace, quel que soit le dispositif choisi, le système utilisé devra être pratique. Il doit donc être simple à mettre en oeuvre, notamment par le professeur. Non seulement on ne peut pas resté collé à un éventuel affichage pour déplacer des étiquettes toute la journée mais en plus cela ne fonctionnerait pas. En général, soi on finit par lâcher cet outil chronophage, soit les élèves n’y prêtent plus aucune attention tant son utilisation est fréquente et/ou complexe.

Ce qui me fait dire qu’un outil doit aussi être lisible et facilement compréhensible :

  • Sur une échelle, on limitera les échelons (valeurs, couleurs, etc.).
  • Les nombres renvoient soit à une quantité, soit à une position. Soit leur usage risque d’être abstrait pour certains élèves, soit ils renvoient à une forme de compétition, de classement, etc.
  • Chaque échelon sera décrit de manière explicite, comme par exemple (on adaptera le texte en fonction des élèves) :
    • Vert : Je respecte les règles, je suis calme, attentif et prêt à apprendre dès qu’il le faut mais aussi à m’amuser dans le respect des autres quand c’est possible. 
    • Jaune : Je respecte les règles en général mais je suis un petit peu agité et j’ai un peu de mal à être attentif. Je peux avoir fait quelques petits écarts mais je vais me reprendre.
    • Orange : J’ai du mal à me canaliser. Je devrais trouver un moment pour me poser, me calmer et réfléchir à mon comportement pour m’améliorer.
    • Rouge : C’est une journée difficile aujourd’hui car j’ai du mal à respecter les règles et me concentrer. Je dois me calmer et réfléchir si je veux améliorer mon comportement.
  • Les règles de passage d’un échelon à un autre sont claires mais surtout très simples et explicites.

Confidentialité, anonymat, discrétion ?

Un point qui me chagrine peut-être avec les “échelles” de comportement c’est qu’elles sont en général liées à un affichage, de préférence assez grand pour être visible de loin, par tous, et pouvoir y placer les étiquettes des élèves. Cela signifie aussi qu’on affiche aux yeux de tous la couleur attribuée à chaque élève. Il m’est arrivé, parfois, d’entendre “C’est qui dans le rouge maitresse ?”. En général, je répondais “Ce n’est pas toi, tu le saurais si c’était le cas, non ?” Mais la question n’était pas forcément de se rassurer mais d’identifier le “mauvais élève”.

Pour l’élève qui a tendance à être un peu trop souvent dans les mauvaises couleurs (orange, rouge voire noir pour ceux qui utilisent cette couleur), c’est aussi beaucoup plus difficile alors de se défaire de l’étiquette qu’on lui aura peut-être collé malgré nous. Je me questionne donc sur l’anonymat ou la discrétion. Une année, j’avais associé le nom de mes élèves à un petit animal mais comme c’était aussi sur les étiquettes des classeurs et autres cahiers, il était tout de même possible d’identifier “l’animal” qui est toujours dans une couleur si on est assez curieux. Je ne suis pas sure que ce soit beaucoup plus efficace. De même si on donne un numéro à chaque élève (voir l’article de Dgedie qui explique très bien son utilisation des numéros en classe). On pourrait peut-être abandonner l’affichage collectif alors ? 

Ma collègue de GS/CP dépose des petits cartons avec l’une ou l’autre des consignes de classe sur les tables des élèves qui ne les respecte pas. C’est peut-être une piste mais il ne faut pas que l’élève l’égare (volontairement ou non). On peut aussi envisager un petit affiche par table, si les élèves ne bougent pas trop souvent de place.

Quel système de gestion des comportements choisir ?

J’ai le sentiment d’être un peu partie dans tous les sens. Certaines questions restent en suspens de mon côté, d’autres réflexions sont encore à maturer et j’espère pouvoir profiter de vos idées aussi (en commentaire de l’article). Faisons le point des critères qui feraient, selon moi, un bon “système” de gestion des comportements.

J’opterais pour deux éléments qui fonctionneraient en complémentarité : un dispositif visant à promouvoir la coopération entre élèves au sein de ma classe et un système de médiation ne servant qu’à visualiser l’état global des élèves, pouvant s’étendre à l’école.

Le dispositif au sein de la classe se baserait sur des équipes. Pour éviter la concurrence entre les équipes, je préfère un dispositif coopératif. Ainsi, les élèves coopèrent entre eux dans les équipes et entre équipes. Je pense à lancer des défis réguliers aux élèves du type “contre la montre” ou avec un objectif qualitatif. Si c’est réussi, chaque équipe peut gagner des points (ou peut-être des haricots dans un bocal, des billes, quelque chose de visuel) ? Si on atteint un seuil posé en amont, on gagne quelque chose. Afin d’éviter la récompense matérielle, je préfère qu’on gagne un “moment”. Eh oui, à bien avoir travaillé, à avoir été efficace, on a réussi à apprendre plus rapidement donc il est normal d’avoir réussi à se dégager un moment de plaisir et de loisirs. On reste dans une conséquence logique. On peut réfléchir à autoriser les collègues à offrir des “points” (ou haricots, etc.) à la classe aussi.

On peut éventuellement combiner cette façon de faire avec des récompenses individuelles (en points ou haricots) comme certains le font avec le marcheur mystère (un exemple chez dgedie).

Ensuite, pour une gestion plus individuelle mais aussi à l’échelle de l’école, j’opterais pour un simple système de couleurs comme décrit précédemment à défaut d’avoir trouvé mieux. C’est visuel, très lisible et simple à comprendre à tout âge. C’est neutre et descriptif (pas de smileys, de météo ou que sais-je). Je pense que je partirais sur des petits cartons nominatifs que je poserais sur le bureau de l’élève pour lui “annoncer la couleur” discrètement, sans avoir à “l’épingler” publiquement (ce qui n’empêche pas le dialogue ensuite). Les cartons seraient nominatifs de sorte que même si l’élève perd son carton, j’ai encore les autres et je peux donc en déduire sa couleur. Il y aurait aussi un carton “vert” pour que les élèves puissent faire valoir leur droit facilement.

A l’échelle de l’école, je militerais pour des droits sur les temps de pause (récréation) mais aussi, pourquoi pas, à l’établissement de “coins” dans les classes pour ceux qui ont terminé (lecture, dessins, bricolage, etc.) qui seraient accessible si on est en état d’être là sans déranger (donc vert ou jaune, selon l’activité et le degré de surveillance), même en décloisonnement. La nécessité d’être dans une couleur ou l’autre serait en lien avec la nécessité d’être dans le calme, le risque de déranger si ce n’est pas le cas, la proximité et l’importance de la surveillance de l’adulte, etc. Bref, des critères logiques et justifiés.

J’ai quelques supports à partager mais comme souvent, je vais devoir faire le tri. Dès que c’est organisé, je partagerai avec vous ces fichiers.

Les rouages utilisés dans les infographies viennent du site freepik.com. La photo en en-tête a été prise et mise à disposition par @nensuria.