Depuis toujours, j’aime beaucoup mettre de la musique dans ma classe, au quotidien.

Et depuis deux ans, j’ai la chance d’avoir une classe orchestre. C’est un dispositif qui peut prendre diverses formes mais qui, dans le principe, permet aux élèves de faire davantage de musique en apprenant à jouer d’un instrument. De ce fait, je m’étais dit qu’ils faisaient bien assez de musique et j’ai mis de côté mes pratiques habituelles. Finalement, je me rends compte que la présence de musique au quotidien manque terriblement à ma classe.

J’en profite alors pour vous partager quelques réflexions au sujet de la musique à l’école (une fois n’est pas coutume, sur la simple base de mon expérience et sans aucune recherche documentée) et mes modestes pratiques, pratiques qui permettent de laisser un peu plus de place à la musique dans notre quotidien à l’école.

Plus de musique à l’école, pourquoi ?

Musique et climat de classe

On dit que l’art adoucit les mœurs, et j’ajoute que la musique est un art.

Quand les élèves chantent ensemble, jouent ensemble, construisent ensemble, c’est le groupe qui se construit en même temps. Les productions artistiques collectives développent les compétences d’écoute et les compétences psychosociales : empathie, débat, analyse et résolution de problèmes, coopération, etc. Peuvent se développer un fort sentiment d’appartenance et parfois même une forme de solidarité (notamment dans le contexte de l’inclusion).

Pour ma part, ma classe est un orchestre. C’est assez proche, pour ce que j’en sais, d’une équipe sportive (sauf qu’il n’y a aucun remplaçant, tout le monde est toujours sur le terrain). Je les « coache », je les encourage, ils s’encouragent mutuellement. Parfois, un élève à un rôle de « capitaine », en donnant la pulsation ou le départ.

Une simple pratique quotidienne du chant permet déjà une accalmie : un chant partagé, que l’on connait tous, nous unit et nous permet d’être avec tous les autres. Pensez à ces chansons que tout le monde connait et qui, entonnée à l’occasion d’une rencontre, réunit tout le monde, même ceux qui ne se connaissent pas. Un projet musical permet de fédérer de façon plus importante encore.

Musique et attention

Qui plus est, pour faire ensemble, il faut se décentrer tout en restant très concentré sur ce que l’on doit faire, il faut être attentif à ce que font les autres et dans le même temps, ne pas perdre de vue sa propre tâche.

De multiples activités permettent de développer cette attention partagée : le canon en est peut-être la possibilité la plus connue. Quand on joue dans un orchestre pendant deux ans, on arrive même à entendre les différentes lignes mélodiques, à porter notre attention sur l’une ou l’autre, tout en jouant sa propre partie. Et cela n’est pas valable qu’avec des instruments couteux : des boomwackers, des kalimbas, des percussions, des maracas et bâtons de pluie, des percussions corporelles, du beatbox ou même des chaises et des balais si vous n’avez que ça sous la main !

Des élèves qui sont davantage à l’écoute et plus attentifs sont aussi des élèves qui apprennent mieux !

Musique et culture

Evidemment, on n’enseigne pas la musique uniquement pour « ses effets secondaires ». La musique, en elle-même, mérite d’être enseignée. Mais cela, c’est bien ce que nous disent les programmes et j’ai tout de même le sentiment que c’est assez clair pour les professeurs.

La musique fait partie de notre culture mais aussi de (probablement) toutes les cultures du monde. Si elle prend des sonorités différentes selon l’endroit où l’on se trouve, selon les personnes qui jouent, elle revêt tout de même un caractère universel : n’importe quelle personne (entendante) peut être sensible à n’importe quelle musique pour peu qu’il ait été éduqué à écouter. La musique est une forme de partage qui lie les hommes entre eux.

La musique, en France, en Europe et dans le monde, a une histoire : elle est vivante et évolue. Elle joue un rôle dans nos vies, même pour ceux qui n’en écoutent que très peu : au cinéma, à la télévision, dans les publicités, dans les jingles d’une gare, etc. Développer l’écoute consciente, attentive et sensible semble essentiel pour développer – aussi – l’esprit critique des élèves.

Musique et créativité

La créativité se développe en créant, mais aussi en observant et en étant exposé à des œuvres (ou créations). Tout ce qui se crée l’a été suite à une ou plusieurs influences. Il ne me semble pas qu’il existe de créations « sorties du néant ». Or, les élèves sont très inégaux dans leur accès à la culture.

On se rend compte aussi que les adultes qui « réussissent » sont souvent des créatifs, à leur façon et dans leur domaines (pas forcément artistiques, certes).

Selon une étude publiée par Dell et l’Institut pour le futur, 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore.

pole-emploi.fr

Développer la créativité des élèves dans tous les domaines me semble alors central pour que tous les adultes qu’ils deviendront puisse relever les défis qui les attendent.

Ma classe orchestre

Le tongue drum est un instrument que j’ai découvert récemment grâce à une généreuse offre de ZenaDrum. Il s’agit d’une sorte de grosse « soucoupe » (pas très flatteur, oui) avec des lamelles découpées sur le dessus, chacune proposant une note différente. Grâce à des numéros, les élèves peuvent suivre une partition ou en écrire sans aucune connaissance en solfège.

Toutes les classes orchestres ne sont pas identiques. Pour la mienne, contrairement à une classe CHAM, ce sont tous mes élèves qui participent et ils ne sont pas sélectionnés : s’ils sont dans ma classe, ils participeront au projet. C’est un projet non-élitiste et inclusif.

Dans mon cas, le taux horaires représente 2h30 dédiés à l’enseignement de la musique sur les 24 heures hebdomadaires à la place des 45 minutes réglementaires. J’ai cinq professeurs qui viennent enseigner la pratique du saxophone, du violoncelle, de l’alto, du hautbois et de la flûte traversière à mes élèves en petit groupe, ainsi que le soutien d’une intervenante pour le chant et l’écoute.

Les méthodes ne sont pas celles d’un cours de musique traditionnel en conservatoire. Il s’agit de leur permettre de jouer très rapidement en orchestre et de participer à un concert à l’issue de chaque année scolaire.

C’est un projet extrêmement ambitieux et très exigent qui apporte beaucoup aux élèves. De mon côté, je dois optimiser mon enseignement pour que les élèves aient les mêmes acquis que ceux d’une classe « ordinaire ».

Violoncelle

Quelques idées pour pratiquer la musique plus souvent

Ici, je ne vais pas vous dire comment mener une séance traditionnelle de musique à l’école. Mon propos rassemble plutôt des idées d’activités rituelles courtes qui viendraient consolider les acquis des séquences réalisées (elles ne dispensent donc pas d’en réaliser).

Ecouter de la musique plus souvent

Il y a sans doute, dans votre journée, des moments où il est possible de diffuser de la musique à vos élèves. En voici quelques uns que j’apprécie tout particulièrement :

  • Pendant le temps d’accueil en classe
  • Pendant le quart d’heure de lecture
  • Pendant la récréation pour des jeux de rythme éventuellement (façon Tablettes et Pirouettes) ou pour le plaisir tout simplement
  • Pendant une séance d’EPS sur la danse, évidemment
  • Pendant une activité calme et/ou créative : séances d’arts plastiques, de géométrie, d’écriture éventuellement (attention, tous les élèves n’arrivent pas à se concentrer quand il y a de la musique).

Chanter plus souvent

En CP/CE1, puis en CE2, j’ai fait chanter mes élèves tous les jours. Certes, très peu de temps (2 ou 3 minutes, parfois 5) mais rien que ce petit temps était profitable. On peut, par exemple, faire chanter les élèves avant de se quitter en fin de matinée ou de journée, pour finir sur une note positive. On peut aussi le faire en retour de récréation où les esprits ont pu éventuellement s’échauffer, afin de reformer le « groupe classe » (tout en révisant le chant travaillé en séance de musique).

Il peut aussi s’agir d’un petit créneau qui se retrouve à notre emploi du temps à cause de contraintes indépendantes de notre volonté. Vous rentrez de votre séance à la piscine dix minutes avant la fin des classes mais les élèves ? Pourquoi ne pas en profiter pour chanter un peu ?

Et puis, il y a tous ces moments imprévus : le car qui met du temps à arriver, un intervenant qui a besoin d’installer du matériel, le gymnase qui n’est pas encore libéré, etc. Mieux vaut faire chanter ses élèves plutôt que de laisser le désordre s’installer.

Enfin, une collègue à moi fait chanter ses élèves quand ils se déplacent en rang : c’est plus bruyant que le silence mais beaucoup moins que les bavardages… et nettement plus agréable !

Improviser

C’est une activité dont j’ai découvert la richesse lors d’un projet jazz il y a quelques années maintenant. Les élèves étaient amenés à improviser en scat (qui consiste à « chanter » des syllabes toniques et rythmées) et ça a été une véritable révélation pour certains élèves, extrêmement doués alors que, jusque là, ils semblaient plutôt en difficulté partout.

Cette même année, un élève hyperactif avait beaucoup de difficultés à entrer calmement en séance de musique, trop excité par ce qui l’attendait : l’intervenant – à la guitare – lui a prêté un kalimba et il devait improviser avec lui pendant que les autres élèves entraient dans la salle de musique. Là encore, le voir évoluer de séance en séance, développer son écoute et s’adapter étaient très intéressant.

Plus récemment, nous avons travaillé l’improvisation en classe orchestre à partir d’une gamme de notes, ce qui est un peu plus difficile mais permet, de ce fait, d’improviser en étant plus nombreux.

Ce que je retiens de ces trois expériences, c’est qu’il est possible d’improviser avec n’importe quel instrument : la voix, des instruments accessibles (kalimbas, boomwackers, carillons, xylophones, percussions, etc.) ou des instruments moins accessibles (nécessitant un apprentissage spécifique) mais que dans tous ces cas, les mêmes compétences sont développées (écoute, créativité, recherche, adaptation, etc.). J’ajouterais là encore les objets du quotidien et les percussions corporelles.

De même, il est possible d’improviser librement (sans règle) ou avec une contrainte (une gamme de note ou des consignes de rythmes préalablement établies) ; individuellement, à deux ou en plus grand groupe (simultanément ou en se répondant).

L’improvisation est vraiment une pratique riche que l’on peut développer en séance de musique mais aussi en dehors. Par exemple, dans ma classe, les élèves ont pu improviser sur un tongue drum sur les temps de transition : quand nous rangeons le matériel, quand nous nous apprêtons à changer de salle, etc. Il est aussi possible de demander à un élève d’improviser sur un chant, pendant que ses camarades chantent, pendant un spectacle de théâtre, pendant une exposition artistique, une séance de danse ou encore pendant l’enregistrement d’un film en stop-motion. Les opportunités ne manquent pas !

Le « tongue drum »

Le tongue drum est un instrument que j’ai découvert récemment grâce à une généreuse offre de ZenaDrum. Il s’agit d’une sorte de grosse « soucoupe » (pas très flatteur, oui) avec des lamelles découpées sur le dessus, chacune proposant une note différente. Grâce à des numéros, les élèves peuvent suivre une partition ou en écrire sans aucune connaissance en solfège.

L’instrument que j’ai pu tester est de belle qualité, robuste, avec un très beau son, satisfaisant quand on en joue, très agréable et apaisant à écouter. Je vous laisse découvrir le son en vidéo dans ma publication Instagram ci-dessous.

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Et vous ?

Avez-vous des idées pour mettre plus de musique dans notre quotidien de professeur ? Si le cœur vous en dit, partagez vos pratiques inspirantes en commentaire de l’article.

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