La grammaire reste, parmi toutes les disciplines, l’une de celles que je trouve le plus difficile à enseigner (sans doute parce qu’il s’agit avant tout d’une norme sociale et historique…). D’ailleurs, j’ai toujours été nulle était plus jeune. Ce n’est pas tant que je n’avais rien compris, j’avais d’ailleurs d’excellentes notes aux évaluations de grammaire systématiques, mais je n’ai jamais réussi à transférer : que ce soit l’analyse au niveau d’un texte ou la production d’écrit et la dictée… les points s’envolaient comme les feuilles en automne. Cette question du transfert m’a toujours intéressée dans mes études ensuite, elle est d’ailleurs liée, il me semble, à la notion d’authenticité (que ce soit du support ou de la situation). Enfin, si je pars sur cette lancée, je risque d’écrire un nouveau roman alors que nous parlons ici plus précisément de natures de mots.

J’explique un peu mon approche de la grammaire et de l’étude des natures de mots ci-dessous mais vous êtes déjà calés sur le sujet, vous pouvez aussi bien vous rendre en bas de l’article pour récupérer les fichiers :P.

Les natures de mots

Pourquoi étudie-t-on les natures des mots et groupes de mots ?

La question m’avait posée une colle lors de mon année de stage…

Tout simplement pour former les accords. Il y a les mots dont la nature implique qu’ils sont invariables (adverbes notamment). D’autres sont liés et s’accordent entre eux (le déterminant, le nom et l’adjectif dans le groupe nominal, etc.). Cela veut dire qu’étudier la nature des mots « pour elle-même » est très vite vide de sens pour les élèves. Qu’est-ce qu’on s’en moque, que celui-ci soit un nom, et celui-là un adjectif ?

C’est là sans doute que les nouveaux programmes sont pertinents lorsqu’ils parlent d’une étude en contexte. On observe des phrases, on constate que le déterminant et le nom sont toujours ensemble, que le verbe vient après, etc. Mais pour observer tout ça, on n’a pas le choix : il faut, à un moment donné ou à un autre, étudier ce qu’est une nature.

Une approche dès le CP, voire la maternelle

Personnage déterminantL’an passé, j’ai fait ma première année en CP et je me suis intéressée à l’ouvrage 100 idées pour que tous les enfants sachent lire et écrire. Et j’en ai trouvé une excellente, d’idée ! Il s’agit de matérialiser le mot par une carte avec un dessin dessus pour le représenter (ou le mot écrit pour « le », « la », et les autres « mots-outils »). Chaque carte ne représente qu’un seul mot qui est défini par l’enseignant (ce choix est expliqué dans le livre). Et chaque carte a une couleur selon sa nature. Ainsi, quand un enfant formule une phrase, au lieu de l’écrire immédiatement, on « l’écrit » avec ces cartes. Ça permet, entre autres*, de constater qu’on a toujours une carte verte (déterminant) est toujours suivie d’une carte bleue (nom), que parfois il y a des cartes jaunes (adjectif) autour de la carte bleue, que la carte rouge est un peu derrière (verbe) etc. On étudie la syntaxe sans avoir besoin de recourir à la notion explicite de nature. De même, on remarque que les cartes vertes sont des petits mots, les bleue désignent des objets, des personnes, etc.

Du coup, le glissement vers la notion de nature de mot peut se faire très vite et facilement en CP et CE1, en mettant simplement un nom sur ces couleurs ! En plus, on en réfère au sens, et non à des « astuces » et des « protocoles » qui permettent de trouver tous les noms, tous les verbes, etc. Et là, on gagne un temps fou. Reste que c’est un projet à mettre en place à l’échelle du école. Rapidement, la notion devient un outil pour une observation plus poussée des accords, tout simplement.

* Ça permet aussi de matérialiser le découpage des mots, autre compétence très importante en cycle 2 !

L’importance des couleurs

Certain(e)s choisissent le vert pour verbe, parce que ça commence de la même façon, d’autres ont gardé le rouge de « la grammaire en couleurs ». Il est rare de tomber sur deux enseignants qui utilisent les mêmes couleurs, à moins que cela ait été décidé à l’échelle de l’école. Cela étant, allez demander à vos collègues de refaire tous leurs affichages pour un changement de couleur… ce n’est pas toujours facile à faire passer !

Cela dit, je ne me suis rendue compte d’à quel point cela était essentiel que lorsque j’ai eu, pour la première fois, une élève « triple-dys » en CM1 (dyslexique, dysphasique, dysorthographique). Impossible pour elle de retenir ce qu’était un nom ou un verbe. Ces mots étaient trop abstraits, à l’écrit comme à l’oral. Du coup, difficile d’écrire correctement ou même d’analyser ce qu’elle lisait (péniblement)… La solution était tout simplement de mettre en place un système visuel, de couleurs et de symboles. Quel temps aurait gagné cette élève si tout cela avait été mis en place dès le début de sa scolarité et pour tous ? Elle ne parlerait plus en termes de « verbes » et de « noms » mais en « cadres rouges » et « traits bleus », certes. Mais elle arriverait tout de même plus facilement à accorder les mots entre eux et il me semble que c’est quand même l’objectif premier !

Les petits personnages

Personnage nom communJ’ai vu cette idée de « personnages » dans « Réussir son entrée en grammaire au CE1« . L’idée n’est donc pas de moi. J’ai juste souhaité, comme souvent, refaire à ma sauce.

Le petit personnage est un « symbole », il représente la nature. Ce qui le rend pertinent sous cette forme, c’est que la nature ne concerne qu’un mot, une seule chose, représentée par un seul symbole : le personnage. Ce serait plus étrange de le mettre en place pour une fonction par exemple (où là, on préfèrera peut-être une étiquette ? je ne me suis pas encore arrêtée sur la question). Le fait que ce soit un petit personnage aide donc visuellement mais aussi conceptuellement.

Ce personnage a aussi une couleur qui lui est associée. C’est important pour les raisons évoquées ci-dessus. Tout cela sert à la conceptualisation des liens que les mots entretiennent entre eux dans une phrase. Sur mon affichage en CE1, les personnages noms, déterminants et adjectifs étaient liés, et tout le monde avait compris que ça allait ensemble. L’adverbe était lié au verbe, et tout le monde avait compris que ça allait ensemble.

Leur utilisation

Dans « Réussir son entrée en grammaire« , il y a de très nombreuses manipulations : on observe des phrases, on trie, on analyse. Le tout se fait avec passage devant la classe d’élèves qui peuvent avoir un collier ou une couronne représentant la nature du mot qu’ils incarnent et qu’on va manipuler.

On peut aussi l’utiliser en groupes, dans les leçons pour illustrer, sur les affichages (je proposerai mes affichages très prochainement). Le tout c’est d’utiliser ces personnages comme un référent visuel au concept de nature.

Si vous avez des utilisations originales à partager, je suis toujours avide de nouvelles pratiques !

Mes fichiers

Je propose donc des personnages en noir et blanc, où seules les initiales de la nature sont à colorier, en noir et blanc à colorier intégralement et en couleurs (mais avec mes propres couleurs). A vous de choisir !

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