L’été dernier, Lutin Bazar réalisait un article « Mes supports en Anglais » et je suis tombée dessus, tout naturellement. Ça tombait tout juste ! Pour la première fois de ma petite carrière, j’étais bien décidée à acquérir une méthode d’Anglais, au moins pour avoir un stock de supports audio et perdre moins de temps dans mes préparations. Parce que lorsqu’on fait tout soi-même, il faut bien dire qu’on perd un temps fou à chercher des documents sonores de qualité suffisante tant du point de vue technique que pédagogique. J’ai donc fait l’acquisition de deux livres : Initiation à l’anglais – CP/CE1 de chez Retz et Ghostie des éditions Scéren. C’est de cette seconde méthode dont je vais vous parler ici.

  

Et quelle agréable surprise ! Je ne remercierai jamais assez Lutin pour cette découverte. J’étais partie, au début de l’année, dans l’idée de faire un mélange des deux livres acquis, pensant que peut-être, Ghostie serait trop « bébé » pour mes grands CE2. Pourtant, et bien qu’ils aient déjà fait deux ans d’Anglais, ils adhèrent parfaitement ! Et moi aussi.

Le public visé par Ghostie

Ghostie est une méthode d’Anglais pour débutants. Ils ont d’ailleurs eu l’intelligence de dire « La première année d’anglais au cycle 2 » et non « CP ». Je me rappelle avoir déjà vu, dans certaines écoles, des équipes décider de mettre d’abord le paquet sur lecture et mathématiques en CP pour n’intégrer l’Anglais qu’ensuite. Il n’est pas question pour moi de discuter ce choix. Toujours est-il que dans les faits, tous les élèves ne débutent pas l’Anglais dès le CP.

De plus, il est tout à fait possible d’avoir déjà fait un peu d’Anglais sur la base de rituels sans pour autant que Ghostie soit un mauvais choix pour une seconde année, plus en profondeur.

J’ai gardé quatre de mes élèves de l’an passé, donc je sais que nous avons déjà vu un certain nombre de choses : les jours de la semaine, les couleurs, les nombres, certains aliments, certaines phrases de présentation, etc. Pourtant, force est de constater que beaucoup de choses ont été oubliées ou que certains acquis ont perdu de leur solidité. Du coup, les révisions avec Ghostie n’ont pas fait de mal. Par contre, avec des CE2, je m’adapte. Nous faisons 4 séances de 20 minutes par semaine. Je fais une séquence en à peu près quatre à six séances. Du coup, nous finirons Ghostie avant la fin de l’année.

Ce qu’aiment les élèves chez Ghostie

Un support motivant : des dessins-animés

Les supports de Ghostie sont variés : fichiers audio, flashcards, une chaussette pour faire la marionnette de Ghostie mais surtout, des courtes animations sous forme de petit dessin-animé. Je ne sais pas vous, mais bien qu’ils s’y soient un peu habitués, le simple fait de sortir le vidéo-projecteur les stimule et les excite. Cela dit, une fois le calme obtenu, ils sont motivés et concentrés. L’avantage de ce support, c’est qu’il leur est familier. Ils sont aussi plus en confiance car ils peuvent s’appuyer un peu sur les images pour comprendre.

Des personnages familiers et sympathiques

Jim, Dad, Mom et Ghostie sont des personnages récurrents de la méthode. Ghostie est un coquin, il fait des drôles de voix et le clown, même en classe ! Il taquine Jim lorsqu’il gagne aux « Conkers » (un jeu avec des chataignes) et se moque du professeur. Le professeur aussi, d’ailleurs, les fait beaucoup rire avec sa grosse voix. Tout est un petit peu exagéré, un peu comme pour les dessins animés pour jeune public. J’ai souvenir d’avoir même sursauté au rire du Père Noël… Je lui ai trouvé un air presque effrayant ! Mes élèves l’ont juste trouvé « bizarre ».

Ces personnages reviennent donc régulièrement, dans des situations très inspirées de la vie quotidienne : se coucher la nuit, jouer dans la cour au point d’être en retard en classe, jouer à des jeux de société ou encore réaliser un pique-nique ! Du coup, les contenus à apprendre correspondent aussi à la réalité et au quotidien des élèves. On ne leur apprend que des choses qu’ils pourraient avoir besoin de connaitre s’ils étaient des petits anglais de 6 à 10 ans. Les thèmes abordés semblent se poser d’eux-mêmes et les élèves ont toujours hâte de connaitre la suite des aventures de Jim et Ghostie.

Des apprentissages ponctuées de chansons

Ghostie a un objectif final : la mise en place d’une comédie musicale. Je ne m’y suis pas risquée cette année car je trouve le projet ambitieux et que je ne l’avais pas anticipé. J’ai, du coup, trop de projets cette année pour m’en rajouter un sans risquer de perdre mes objectifs de vue. Cela dit, c’est tout à fait réalisable ! Une fois la séquence terminée, les élèves connaissent la saynète par cœur sans jamais être passé par la case « apprentissage à la maison ».

Il y a deux types de chansons dans Ghostie :

  • de toutes petites chansons, très courtes, visant à « mettre en bouche » une expression ou quelques mots de lexique. Ce sont des aides à la mémorisation.
  • des chansons plus longues, parties intégrantes de la saynète et donc de la comédie musicale.

Les premières ne nécessitent pas un grand effort de mémorisation. Elles sont basées sur la répétition de très peu de mots pour aider à leur prononciation et leur mémorisation. On l’écoute, on la répète plusieurs fois et l’expression est intégrée ! Ça fait un peu magique, dit comme ça, mais ça marche vraiment très bien. En plus, les mélodies restent souvent en tête et il n’est pas rare de les voir chantonner à la cantine ou dans la cour de récréation.

Les secondes sont un peu plus complexes, mais tout à fait abordables tout de même ! Nous adorons chanter dans la classe : les élèves sont de bonne humeur, font quelque chose tous ensemble et sont en général assez fiers d’en avoir appris autant !

Des élèves actifs, des activités ludiques

L’écoute active est un fer de lance dans l’enseignement de l’Anglais. Les élèves doivent agir, témoigner de leur compréhension et réagir en fonction. Les outils sont multiples : compter l’occurrence d’un mot, remettre dans l’ordre des flashcards, identifier les locuteurs, reconnaitre certains mots déjà connus, reconnaitre un son particulier, etc. La méthode se base tout autant sur les flashcards, les signes de main que les jeux. On peut être amenés à jouer avec une balle ou avec l’un des plateaux de jeu fournis en PDF. Et c’est jeux sont le support d’une pratique en contexte, authentique, voire d’évaluation. Et franchement, être évalué en jouant, quel élève n’en rêverait pas ?

Ce qu’aime la maitresse chez Ghostie

Cela dit, tout ce qui est décrit ci-dessus ne suffit pas à en faire une méthode aussi parfaite. Là où Ghostie brille aussi, c’est dans ses choix pédagogiques et didactiques. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je n’ajoute pas grand chose à ce qui est déjà proposé par Ghostie.

Une méthode clés en main

La méthode est livrée avec un livre, guide du maitre, et d’un DVD. Sur le DVD sont présents les vidéos et les supports audios, triés par séquence. Les chansons sont proposés dans une version avec les paroles, et une autre sans. Les séquences sont décrites de manière très précises. Elles sont découpées en séances (4 ou 5 en général), elles-mêmes découpées en diverses activités très courtes. Il n’y a qu’à suivre « le mode d’emploi ».

Chaque séquence est d’abord présentée dans son ensemble et les objectifs de chaque séance y sont détaillés. Ensuite, chaque séance est elle-même détaillée. D’ailleurs, on trouve même les objectifs : compréhension, structure, lexique, etc. Bref, mes préparations en Anglais ont réduit à vue d’œil et pourraient se limiter choix des activités et leur réparation dans la semaine. Bien sûr, il faut toujours observer les propositions d’un œil critique mais pour moi qui reprend au CE2 après quelques années passées dans d’autres niveau, Ghostie fait plus qu’office de béquille sur laquelle se reposer. C’est un outil et un support de confiance.

Des choix en accords avec les formations récentes

Pour des enseignants peu à l’aise avec l’Anglais ou son enseignement, Ghostie peut vraiment beaucoup apporter. J’y retrouve tout ce qu’on nous a appris ces dernières années, à l’IUFM (ESPE aujourd’hui) mais aussi ce qu’on a encore revu récemment lors d’une formation dans le cadre des animations pédagogiques : écoute active, alternance des activités, ciblage compréhension ou production, projet de séquence, etc. Je pense qu’on peut utiliser Ghostie lors d’une visite ou d’une inspection sans avoir à trembler du retour qui en sera fait. Bien sûr, on vous proposera peut-être des améliorations, mais tout est perfectible et c’est le travail des conseillers, je crois, de faire des suggestions.

L’ensemble des activités de cycle 2 travaillées

Même du point de vue du programme, on est au point. On a de la compréhension, de la production et de la production en continue. Les nouveaux programmes ont intégré la lecture de l’Anglais mais je ne pense pas que ce soit un choix judicieux, encore moins avec des élèves en difficulté du point de vue de la lecture. Il n’y a pas non plus d’écrit, mais ça me semble conforme aux pratiques. Rien n’empêche, cependant, d’ajouter soi-mêmes ces quelques points bien sûr.

Petit plus, que je n’avais pas encore rencontré jusque là : de la phonologie. L’activité de base est très simple : quand on entend le son ciblé, on lève le pouce (« Thumbs up ») et quand on ne l’entend pas, on baisse le pouce (« Thumbs down »). Je trouve mes élèves plus sensibles, du coup, à toutes ces variations que connait la langue anglaise, tous ces sons que nous n’avons pas (ou plus) en Français. Ils savent, sans trop de problèmes, faire la différence entre « hit » et « it », « angry » et « hungry », etc.

Du coup, lorsqu’il s’agit de prononcer, eux-mêmes arrivent bien mieux à produire ces nuances. Il me semble que l’un des enjeux d’un apprentissage précoce de la langue est bien celui-ci. Très tôt, on leur apprend à jouer avec leurs cordes vocales pour ne pas se limiter aux sons nécessaires à la langue française. On habitue aussi leurs oreilles à des sons inconnus jusque là, améliorant potentiellement leurs compétences de compréhension.

Il manque peut-être juste un peu plus de culturel. On n’apprend finalement pas grand chose de la culture anglaise, si ce n’est quelques petits mots sur Noël (mais pas ses traditions) ou les jeux (le « Ludo » étant l’équivalent de nos petits chevaux ou le jeu « conkers »). Selon le niveau qu’on a en classe, on serait en droit d’espérer plus. Personnellement, j’ai ajouté Halloween cette année avec la chanson « Knock knock« .

Une progression spiralaire bien pensée

La progression de Ghostie est formidable. Si dans une séquence on a appris les nombres de 1 à 7 (avec les marrons / « conkers »), la séquence suivante réutilisera cette connaissance dans un jeu de plateau où il faut lancer un dé. Cette même séquence de jeu de plateau permet d’aborder les couleurs, qui seront revues plus tard dans une séquence où Santa Claus offre des jouets colorés. Dans cette même séquence sur les jouets, on apprend le mot « dog » et « cat », mots qui seront exploités plus tard dans une séquence sur les animaux. Bref, vous voyez où je veux en venir.

L’inconvénient, par contre, dirons certains, c’est qu’on est un peu forcé de suivre la progression imposée par Ghostie. Effectivement, ceux qui cherchent un outil plus libre risque de trouver la méthode assez contraignante. Enfin, je reste persuadée qu’une fois qu’on s’est bien imprégnée de cette méthode, on peut certainement en faire ce qu’on veut.

Matériel inclus pour un faible coût

L’un des points forts de Ghostie, c’est aussi sont coût. Là où la plupart des méthodes s’achètent en kit, avec un manuel, un fichier, un guide du maitre, des flashcards et parfois même des posters, Ghostie est « tout inclus ». Pour 34,50€, on a tout ! Les flashcards sont présentes sur le DVD, à imprimer. Certes, l’impression à un coût mais du coup, libre à nous de n’imprimer que ce que nous jugeons nécessaire.

Et puis, une fois imprimer sur du papier épais (mon éternel 160g) et plastifié solidement, les cartes peuvent durer longtemps. En plus, Ghostie propose des grandes flashcards au format A5 et en couleur pour le maitre, et des petites flashcards en noir et blanc pour l’élève. J’imprime en général un set de cartes pour deux, les faisant alors travailler en binôme. L’avantage, c’est que vous pouvez parfaitement inclure ces impressions dans votre budget photocopie.

Enfin, ajoutons que ces flashcards sont en nombre limité puisqu’elles peuvent être réutilisées dans plusieurs séquences. On n’a donc besoin que de peu ! 24 pages pour les élèves, 64 pour l’enseignant si on imprime tout (ce que je n’ai pas fait). Je pense quand même que les flashcards pour les élèves sont importantes, elles permettent à chacun d’être vraiment actif.

Last but not least, les évaluations aussi sont fournies, et vraiment bien pensées. Il s’agit le plus souvent de colorier ou dessiner selon ce qu’on entend. Pour la production orale, tout est prévue dans le guide du maitre. Cela dit, c’est plus délicat car il faut réussir à définir ce qu’on est en droit d’attendre d’un élève. Le guide fixe l’élément à observer par contre, ce qui aide grandement.

Les limites de Ghostie

Dans un soucis d’objectivité, je vais tout de même essayer de voir les limites de cette méthode. Soyons honnêtes, je n’en vois pas beaucoup.

J’ai déjà évoqué le côté assez contraignant de la progression. Mais après tout, c’est une question de choix. On peut préférer un outil où il suffit de suivre le guide, ou un outil plus libre et souple.

Il aurait peut-être été intéressant de proposer un pack de flashcards déjà imprimées, à faible coût de préférence, pour faire gagner du temps aux enseignants qui peuvent se permettre ce genre d’achat. Cela dit, je préfère éviter ce glissement vers les méthodes « en kit » qui deviennent vite très couteuses. Tant que ça se limite à un pack de flashcards et que cet achat n’est pas rendu obligatoire (fichiers PDF toujours disponibles sur le DVD), ça me va. Sinon, j’ai plutôt tendance à prendre la fuite.

La disposition des flashcards sur le papier ne me semble pas vraiment « optimale » pour les flashcards élève. Du coup, j’ai l’impression de perdre du papier et du plastique bêtement. J’aime bien éviter le gaspillage.

Lutin en parlait dans son article : les activités ne sont pas minutées dans le guide. Du coup, on tâtonne un peu au début. Un enseignant un peu expérimenté ne s’en sortira pas trop mal je pense mais pour un débutant, ça peut être embêtant… pendant quelques mois seulement !

Enfin, pour des CE2 en tout cas, les objectifs sont rapidement atteints (en 2 à 3 périodes environ). Avec des CP/CE1, je pense que le livre tiendra facilement pour une année.

Non en vrai, soyons sérieux, le seul vrai défaut que j’ai trouvé à Ghostie… c’est qu’il est toujours en rupture de stock ! J’avais commandé sur le site Canopé mais deux mois après, toujours rien. Ils étaient en rupture et n’ont pas jugé bon de me prévenir. J’ai alors commandé chez cultura.com mais là encore, plus d’un mois de délais. Si vous comptez utiliser Ghostie, prenez-y vous bien en avance !

Avant et après Ghostie

Kay, Blue and Sparkle - Anglais maternelleCette collection propose aussi un livre pour la maternelle nommé « Kay, Blue and Sparkle ». Les personnages de Ghostie et Jim n’y apparaissent sans doute pas mais j’imagine qu’il y a une continuité dans les activités proposées.

Hamish - Anglais 2e annéeIl y a aussi « Hamish » pour la 2e année d’Anglais. Jim  et Ghostie vont rendre visite à Hamish, un cousin fantôme écossais. Une occasion de découvrir, sans doute, une autre culture que la culture anglaise. J’espère y voir d’autres fêtes que Noël notamment.

Cela étant, je n’ai pas encore testé (mais c’est commandé). Je vous ferai un retour dès que ce sera fait ! En attendant, voici ce qu’en dit le site du Réseau Canopé :

Hamish offre aux enseignants du cycle 2 de l’école primaire 
la possibilité de programmer et de mettre en œuvre la deuxième année d’apprentissage de l’anglais au CE1, en application des programmes et dans l’esprit du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL). Hamish approfondit les apprentissages initiés dans Ghostie tout en étant complètement indépendant.

Hamish, un fantôme écossais, organise une grande soirée pour son anniversaire. Jim et Ghostie se préparent pour le voyage…

Le livre du professeur est organisé en dix séquences, elles-mêmes composées de quatre séances chacune dont une évaluation. Il propose un dispositif pédagogique original, fondé sur le jeu. Les activités ludiques proposées : saynètes, chansons, chants… sont autant d’occasions de mettre en œuvre des activités langagières et d’acquérir structures, lexique, intonation… Enfin, au fil des séances et des tâches intermédiaires, se bâtit la tâche finale : une comédie musicale interprétée en anglais par tous les élèves de la classe pour la fête de l’école. Le DVD vidéo contient les dix animations-supports des séquences et les nombreuses ressources nécessaires au déroulement des séances (visuelles : flash cards, plateaux de jeux, fiches d’évaluation… et sonores : deux cent vingt fichiers audio MP3 qui pourront, en outre, être utilisés en baladodiffusion).

J’espère que cette « review » aura été suffisamment complète. N’hésitez pas à me poser vos questions si d’aventure vous en aviez. Et surtout, n’oubliez pas que cette méthode est très prisée ! Il va falloir se ruer vers les rayons (même digitaux) et s’y prendre en avance si vous espérez pouvoir exploiter cette méthode.