Je voulais initialement réfléchir sur la compréhension mais à l’occasion de ma réflexion sur le sujet, un détour par la question du vocabulaire s’est imposé. Entre formations et lecture, j’ai fini par réaliser que les nombreuses pistes (re)découvertes nécessiteraient un article dédié plutôt qu’un paragraphe dans un article plus global au sujet de la compréhension.

Rien de bien neuf dans cet article probablement mais une tentative d’organiser mes pensées sur le sujet. Malheureusement, je n’ai pas eu le loisir et le temps d’aller aussi loin que je l’aurais souhaité. Cet article sera donc voué à être revu dès que possible pour être approfondi. N’hésitez pas à partager vos idées et avis en commentaire de l’article.

Pourquoi étudier le vocabulaire explicitement et spécifiquement ?

Des inégalités dès le départ

Nous savons tous comme les inégalités peuvent être nombreuses mais aussi importantes entre les élèves. Le vocabulaire ne fait pas exception. Alain Bentolila, dans une interview accordée au Figaro, nous apprend que :

10% des enfants qui entrent au cours préparatoire disposent de moins de 500 mots, au lieu de 1 200 en moyenne pour les autres.Alain Bentolila

Faute d’avoir pu jeter un oeil sur l’étude sur laquelle il s’appuie, je ne sais pas comment sont comptés ces mots et quand est-ce qu’il considère qu’un élève « dispose » d’un mot. On sait qu’on en comprend toujours plus qu’on n’en utilisera spontanément. On sait aussi que certains mots sont riches de sens (polysémie). Enfin, on peut supposer que certains élèves, par analogie sans doute, sont déjà capables de deviner (ou plutôt reconstruire) le sens de certains mots inconnus. Cela dit, retenons que, dès leur arrivée à l’école, les élèves ne disposent pas des mêmes ressources quand il s’agit de vocabulaire. Même à l’entrée en petite section, je pense que cela se vérifierait.

Mon expérience semble en tout cas le confirmer. C’est ce constat, appuyé par certains cas extrêmes, qui m’a poussée à me pencher sur la question du vocabulaire. Et comme souvent (toujours ?), quand les inégalités sont trop fortes, je pense qu’on ne peut pas en rester au postulat que « ça va se faire tout seul » (par imprégnation par exemple). Je m’oriente donc vers une étude explicite.

Le vocabulaire et la compréhension

Très souvent, au moment d’aborder un texte, on demande aux élèves de souligner les mots qu’ils ne comprennent pas. Le but serait de mettre l’élève en situation de lecture active. Ensuite, on éliminera éventuellement les mots dont la compréhension n’est pas absolument nécessaire puis on cherchera à deviner ou déduire le sens des mots restants.

C’est une pratique que l’on peut questionner : dans le cadre d’un travail de compréhension de texte, est-il toujours pertinent d’insister sur ce qui n’est pas compris ? Faut-il à ce point confondre vocabulaire et compréhension ? Il semble évident qu’on ne peut comprendre un texte si trop de mots nous échappent bien sûr. Cela se vérifie assez rapidement lorsque nous, adultes, nous plongeons dans un texte empli de jargon spécifique à un domaine qui nous est étranger. Pourtant, comprendre un texte ce n’est pas uniquement en comprendre les mots et on n’a pas besoin de comprendre tous les mots d’un texte pour accéder à son sens.

Je cherche cependant à lier compréhension et vocabulaire mais il ne s’agit pas pour autant reproduire des pratiques que je n’aurais pas suffisamment réfléchies.

Le vocabulaire et l’expression

Comme moi sans doute, vous aurez constaté la difficulté qu’éprouvent les élèves lorsqu’il s’agit de produire des écrits. Les causes sont multiples : syndrome de la page blanche, maitrise incertaine de la syntaxe ou encore difficulté à structurer et organiser un texte. Cela dit, un élève qui arrive à rédiger un texte avec des phrases bien construites, s’il a déjà accompli un beau parcours, n’en est pas à la fin de son apprentissage.

Il reste à écrire des textes de belle qualité, des textes riches. L’élève pourra utiliser des groupes nominaux plus détaillés ou variés. Il sera amené à enrichir ses phrases avec des adjectifs ou des adverbes ou encore à utiliser des synonymes pour éviter les répétitions voire être plus précis. Bref, le vocabulaire lui sera utile pour aller plus loin.

On a parfois tendance à se contenter de peu quand le niveau global d’une classe est bas. Pourtant, beaucoup d’élèves seraient capables d’arriver à ce stade si on aménageait son enseignement pour. Il ne faut pas avoir peur de faire preuve d’un peu d’ambition pour eux. D’ailleurs, les progrès en production d’écrits ne sont pas forcément aussi linéaires que le laisseraient entendre les paragraphes précédents.

Etudier le vocabulaire

Le vocabulaire et le lexique

Avant de se lancer plus loin dans la réflexion, je propose de préciser deux termes qu’on a tendance à substituer l’un à l’autre.

Jusqu’ici je parle de vocabulaire. Il s’agit du sens des mots, certes, mais aussi de leur construction (préfixe, suffixe, etc.) et des liens qu’ils entretiennent entre eux (synonymie, antonymie, familles, etc.).

Le lexique est une composante du vocabulaire. Un élève a un lexique riche quand il comprend et utilise de nombreux mots. C’est la quantité mais aussi la variété des mots connus qui est observée.

Quand on étudie le vocabulaire, tout est important. Apprendre des listes de mots dans un répertoire n’est pas suffisant mais réaliser des séries d’exercices sur les différentes notions précitées ne l’est pas davantage. Il est d’ailleurs intéressant de constater que lexique, étude morphologique (construction des mots) et structuration du lexique (relations entre les mots) s’enrichissent mutuellement. On peut partir de l’un pour arriver à l’autre. L’étude de l’un peut aussi renforcer la compréhension et la mémorisation de l’autre.

Le vocabulaire à partir de lecture : avant, pendant, après

C’est l’approche la plus courante et la plus spontanée il me semble. On souhaite proposer une étude contextualisée du vocabulaire pour que cet apprentissage fasse sens. On va aussi dans le sens des programmes.

La difficulté réside peut-être dans le choix des textes. De nombreux manuels proposent des extraits de romans ou d’albums en séance de découverte. Je n’ai que rarement eu l’impression que les élèves accrochaient. Qui pensais-je duper avec ces textes certes authentiques (le plus souvent) mais parfaitement décontextualisés ?

Par contre, si je dis que le livre dont est extrait ce texte sera en libre service, non seulement la motivation en sera décuplée mais en plus, ils se l’arracheront bien souvent ensuite. On pourra aussi choisir d’étudier tout le livre ou le proposer en lecture offerte, avant ou après.

Bref, je crois qu’il ne suffit pas d’un extrait de texte pour créer un contexte. Je ne dis pas pour autant qu’il ne faut jamais y recourir.

Etudier le vocabulaire en amont

Avec une bonne préparation, une bonne connaissance de ses élèves ou un texte choisi judicieusement, il est possible d’anticiper les difficultés liées au vocabulaire pour éviter qu’elles ne parasitent le travail de compréhension. Ce sera, par la même, une excellente occasion pour enrichir son lexique ou traiter d’un autre thème relevant du vocabulaire.

Dans ce cas, on choisira de faire une séance de vocabulaire avant d’aborder un nouveau texte, selon ce qui nous semble pertinent. On pourra chercher les mots relevant d’un champ lexical propre au texte ou à l’ouvrage si celui-ci baigne dans une thématique peu connue des élèves. On pourra travailler sur une certaine construction de mots si l’utilisation d’un ou plusieurs préfixes, par exemple, est récurrente et potentiellement problématique.

Même si j’ai pas encore eu le loisir d’examiner Narramus (aux éditions Retz), il me semble que cette méthode fait le choix d’une étude du vocabulaire en amont. Une piste à creuser peut-être !

Dès que j’aurai pris le temps d’étudier ça, j’essayerai de revenir ici pour enrichir cet article.

Etudier le vocabulaire en séance décrochée

C’est peut-être les séances les plus traditionnelles ou habituelles. On a lu un texte voire on l’a étudié et on en a extrait certains mots. A partir de là, tout est envisageable selon la sélection effectuée et l’intention du professeur. On en profitera, comme pour une séance en amont, pour aborder n’importe quel thème ou champ lexical jugé pertinent.

J’insisterais peut-être sur un point inspiré par la partie théorique de Lectorino & Lectorinette (aux éditions Retz) :

  • On se concentre en général sur les mots nécessaires à la compréhension du texte pendant la séance de lecture/compréhension.
  • On peut éventuellement, dans un second temps, s’intéresser à des mots :
    • qui pourront s’avérer utile plus tard.
    • qui permettent de mettre en avant une notion particulière du programme de vocabulaire.
En élémentaire, en général, il ne me semble pas prioritaire d’approfondir et de mémoriser l’ensemble des termes techniques propres à la mécanique des différents moteurs de véhicules, par exemple. Il y a peu de chance que ça leur soit utile prochainement et il y a bien d’autres domaines à explorer avant d’en arriver là.

Réinvestir le vocabulaire en aval

Peu importe nos choix, il sera nécessaire de réinvestir le lexique étudié (ou les notions) à plusieurs reprises si on souhaite que les élèves le mémorisent.

Pensez à une sortie où vous avez entendu un nouveau mot. Le lendemain, vous redemandez aux élèves de vous rappeler ce mot. En général, peu nombreux sont ceux qui y parviennent !
On pourra choisir plusieurs approches pour réinvestir le vocabulaire :
  • un rituel régulier (hebdomadaire, quotidien)
  • des petits jeux, en rituel mais aussi, pourquoi pas, en atelier
  • des productions orales ou écrites, des textes, des affichages à réaliser, etc.

Un grand classique est de réaliser une « fleur » pour organiser visuellement le lexique étudié et de partir de cette trace écrite ensuite pour produire un écrit.

Et quand on n’a qu’un jour par semaine ? C’est tout le problème de certains PES et des compléments à qui on attribue souvent l’enseignement du vocabulaire. Soit on arrive à s’entendre avec notre collègue pour qu’il effectue quelques rappels, soit on réalise plusieurs petits rappels sur la journée. On peut d’ailleurs envisager un petit jeu sur la journée : le mot reste affiché le matin, effacé l’après-midi et dès que l’enseignant sent une baisse d’attention, il demande à l’élève de rappeler le mot du jour et de l’utiliser dans une phrase. S’il n’y arrive pas : un point pour l’enseignant. S’il y parvient, un point pour la classe.

Le contenu d’une séance de vocabulaire

Le vocabulaire à partir d’une notion

La séance de vocabulaire traditionnelle. On part de la notion de synonyme, de famille de mot ou encore de suffixe et on s’entraine à reconnaitre et à produire. Souvent, on propose des exercices systématiques à l’efficacité très discutable.

Dans les programmes de 2015, on conseille d’aborder le vocabulaire de manière transversale, en lien avec les écrits rencontrés. Cela n’empêche pas, en amont ou en décroché, de s’inspirer de ces séances traditionnelles.

Petit point sur les exercices toutefois. Il me parait effectivement important de mener les élèves à manipuler les mots : classer, décomposer, recomposer, organiser, déduire, etc. Rien n’oblige cependant à passer par un exercice dans le cahier du jour. Étiquettes, ardoises, objets à manipuler : on peut s’entrainer de bien des façons.

Je pense aussi qu’il vaut mieux privilégier peu d’exercices ou activités de ce type pour se concentrer sur le qualitatif. De même, il vaudra mieux plusieurs petits moments de réinvestissement plutôt qu’un seul long moment. La fréquence de rappel est l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, prédicateur d’une bonne mémorisation d’un mot ou d’une notion.

Le vocabulaire à partir de thèmes

Approche classique là encore. C’est peut-être la première qui nous vient à l’esprit lorsqu’on cherche à enrichir le lexique des élèves ou à préparer la découverte ultérieure d’un texte.

C’est aussi souvent dans ce cadre qu’on utilise la « fleur des mots » ou « fleur de vocabulaire ». Le thème est inscrit au centre et chaque pétale peut servir pour un sous-thème (si on effectue une catégorisation sémantique plus fine) ou alors une nature grammaticale.

La fleur à toutes les sauces ? J’en ai vu pas mal circuler sur internet pour tout et son contraire. Le truc, c’est que si on utilise la fleur sans arrêt, pour tout un tas de classements différents, j’ai bien peur qu’on perde les élèves les plus fragiles. Il vaut mieux choisir et utiliser une autre forme de représentation si on change de catégorisation. On peut aussi recourir aux cartes mentales.

Dans le cas d’une entrée par le thème, on apportera des supports : des extraits vidéos, audio ou encore des images. On retrouve cette approche (mais pas uniquement) dans « Réussir son entrée en vocabulaire »  (aux éditions Retz).

Voici un exemple de trace écrite extraite de l’édition précédente (cliquez pour agrandir) :

Le vocabulaire à partir de mots

On en arrive à une approche plus décontextualisée, moins liée aux lectures en cours, mais que j’ai trouvé originale et intéressante. Cela ne signifie bien sûr pas que les deux approches précédentes ne m’intéressent pas ! Il s’agirait de partir non pas d’un thème mais d’un mot, et de préférence un mot hyperfréquent. C’est la proposition de Micheline Cellier dans « Le vocabulaire, comment enrichir sa langue ? » (aux éditions Nathan).

Je détaille un peu ici mais si l’approche vous intéresse, le mieux est d’acquérir le livre qui n’est pas très cher (moins de 10€). On y trouve des plusieurs exemples concrets, une proposition de progression et toutes les explications qui fondent cette démarche. L’ouvrage date de 2013, donc correspond aux anciens programmes, mais propose un réinvestissement sous forme de production d’écrits ou mais on peut aussi l’adapter en amont d’une lecture par exemple.

Le plus simple est de partir d’un verbe :

  • Lorsqu’on donne un verbe comme « manger », on va tout naturellement pouvoir parler de tous les « sujets » qui peuvent manger. On va aussi pouvoir évoquer tous les compléments qui peuvent l’être : les aliments. Il vaut mieux se limiter aux sujets et compléments spécifiques au verbe choisi si c’est possible. On révise par la même occasion la structure de la phrase.
  • On va pouvoir aussi évoquer tous les lieux et les moments : les compléments de phrase. On révise une des façons qu’on a d’enrichir une phrase.
  • Enfin, on peut aussi voir des synonymes, des antonymes ou encore des mots de la même famille. On révise alors les notions classiques étudiées en vocabulaire.

On peut bien sûr partir d’un nom, d’un adjectif, etc. L’approche décrite est alors un petit peu plus compliquée à mettre en oeuvre mais pas beaucoup plus.

En bref, partir du mot va permettre de rebrasser un grand nombre de choses. On a les deux pieds dans la leçon de vocabulaire. On pourra s’en servir pour préparer une production d’écrit (notamment grâce à l’étude des compléments ou synonymes) mais aussi pour préparer une lecture.

Une représentation sous forme de carte mentale me semble idéale dans ce cas. Un exemple extrait du livre « Le vocabulaire, comment enrichir sa langue ? » (aux éditions Nathan) à la page 79 :

Carte mentale autour du mot "habiter"

Carte mentale autour du mot « habiter »

On retrouvera apparemment d’autres propositions dans l’ouvrage « Guide pour enseigner le vocabulaire à l’école primaire » de Micheline Cellier (aux éditions Retz) : des marches d’escalier ou une échelle, des affiches, des schémas ou des illustrations légendées, etc. On peut aussi penser aux leçons à manipuler désormais bien connues.

Retrouvez aussi cette approche sur le site vocanet.fr.

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