Je ne sais pas vous mais en quelques années, j’ai déjà eu l’occasion de tester un certain nombre de mise en place des règles et de règles elles-mêmes. Le fait est que je n’ai jamais trouvé chaussure à mon pied. Ou plutôt devrais-je dire que je n’ai pas trouvé de recette miracle qui fonctionne d’une année sur l’autre. Certains élèves, et donc certaines classes, m’ont semblé pouvoir fonctionner sans règles affichées et instaurées de manière « cérémonielle » alors que d’autres avaient besoin d’une explicitation maximum des règles. Certains élèves sont parfaitement capable de reconstituer un certain nombre de règles issues des règlements de classe précédents alors que d’autres partent dans tous les sens sans réussir à canaliser tout cela malgré mes efforts de médiation. Pire, travailler sur les règles en classe ne semble pas avoir grande influence sur le respect de celles-ci par la suite.

Difficile, quand les classes et les élèves changent tant d’une année sur l’autre (mes changements de niveau réguliers n’aidant pas), d’avoir une séquence toute prête, qui marcherait à tous les coups. Difficile d’obtenir un ensemble de règles écrites qui correspondraient aux besoins de toutes les classes. C’est à dire que dans le fond, nous avons tous à peu près les mêmes (respect, écoute, etc.) mais que je me demande quel rôle joue la forme pour certains élèves et si elle en joue vraiment un si essentiel. J’en suis venue à une conclusion que j’ai déjà tirée pour la gestion des comportements : ce n’est pas le « système » qui est central mais la « posture ». Et quand je parle de posture, je ne parle pas que de l’enseignant. J’ai envie de voir les choses plus en profondeur.

Expériences et réflexions

Différentes façons d’aborder un règlement de classe

Voici une petite liste de choses que j’ai eu l’occasion de tester en classe jusque là :

  • Sur la question « quand travailler les règles ? » :
    • organiser une séquence sur les règles en tout début d’année, sur la base des acquis des précédentes années
    • attendre un peu de connaitre les élèves et imposer, de fait, un certain nombre de règles (temporaires ou non) moi-même en attendant
    • attendre (un peu plus) que le besoin se fasse vraiment sentir, pour partir du vécu des élèves
  • Sur la question du fond et de la forme :
    • partir de l’expérience des élèves et de leur travail pour rédiger et formuler les règles
    • imposer mes règles et faire un travail dessus
    • avoir déjà préparé les règles mais moduler la formulation selon les remarques des élèves
    • partir du règlement de l’école (avec les plus grands)
    • faire réaliser un travail individuel, de groupe ou encore des débats

Au final, comme je le disais déjà, pas de recette miracle. Ce qui a pu fonctionner à merveille avec une classe n’a pas été aussi magique avec la suivante. J’en suis venue à l’idée que je ne me posais pas forcément les bonnes questions.

Si vous avez aussi expérimenté des choses qui ont plus ou moins bien fonctionné, n’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire ci-dessous !

Retour aux fondements

Des règles pour vivre en collectivité

Pourquoi y a-t-il des règles ? La première réponse qui m’est venue est, sans trop d’originalité : pour vivre ensemble, en collectivité. Il semble évident que nous préparons les élèves à leur vie future. A ce moment-là, ils devront pouvoir évoluer au sein de groupes plus ou moins étendus, allant jusqu’à l’échelle de la nation voire du monde et qui sait… peut-être plus ? Cela étant, si on part de ce postulat, il me semble qu’on sous-entend que :

  • Suivre les règles est un moyen efficace (voire suffisant) pour que le groupe au sein duquel elles s’appliquent fonctionne et que tout s’y passe bien.
  • Les règles sont (toujours) pensées pour garantir l’harmonie entre les membres d’un groupe et le bon fonctionnement de celui-ci.

La première affirmation n’est a priori vraie que si tout le monde respecte les mêmes règles. Qui plus est, ces deux affirmations s’appliquent assez bien à l’école, où les adultes bienveillants proposent un cadre sûr pour les élèves. Cependant, ce n’est pas toujours vrai dans le monde « extérieur ». D’ailleurs, si je parle de « fonctionner », ce n’est pas non plus un hasard : une entreprise fonctionne. De là à dire que tout s’y passe bien pour tout le monde si les règles sont respectées, c’est une autre affaire. Qui plus est, malgré tous nos efforts, les règles pensées pour l’école (ou ailleurs) doivent parfois être revues à la lumière de nouveaux évènements qui en montrent les limites.

Donc, les règles que nous pensons, que nous rassemblons en règlement, ont certes pour objectif de permettre à chacun d’évoluer au sein du groupe (classe, école) dans une certaine harmonie et sérénité. Pour autant, suivre simplement ce règlement ne suffit pas nécessairement et les règles énoncées dans le règlement sont potentiellement imparfaites et pourraient être questionnées par les évènements.

Règlement, règles explicites, règles implicites

Qui plus est, il existe des groupes sans règlement et qui fonctionnent très bien. Il peut même s’agir de groupes étendus (pensez à une très grande réunion de famille, par exemple). J’ai moi-même eu, une fois, un classe où il n’a pas été nécessaire de s’étendre sur les règles, ni afficher de règlement. Cela ne signifie pas que, dans ces cas, il n’y a pas de règles mais qu’il en existe un certain nombre qui deviennent implicites, jusqu’à ce qu’on les enfreigne en général. Finalement, si on y pense, il y a toujours plus de règles implicites que de règles explicites.

On retrouve facilement certaines de ces règles avec les élèves les plus jeunes. Demandez à votre classe de CP ce qu’on peut faire ou non à l’école et ils vous diront surement des choses comme : « On ne mange pas les livres. » ou encore « On ne lance pas de cailloux sur les fenêtres. » Ce sont autant de petites règles qui découlent de principes et de règles plus généraux et qui deviennent implicites avec le temps. Si vous attrapez un cycle 3 qui lance un caillou sur une fenêtre et lui demandez s’il y était autorisé, quand bien même ce cas n’est pas présent dans le règlement de l’école, celui-ci saura vous dire sans peine « non ».

Les principes fondateurs

Comment se fait-il qu’une classe ait pu, une année, se dérouler à merveille en l’absence de texte (le règlement) en appui ? Comme quoi, il n’y a pas que les classes difficiles qui nous questionnent. Pour mon cas, je récupérais un groupe d’élèves essentiellement issus de la classe d’une collègue avec qui je partage beaucoup. Ce « beaucoup », ce sont des principes communs. Nous ne fonctionnons pas à l’identique, nous n’avons pas toujours les mêmes règles, mais elles se basent sur les mêmes principes et les mêmes préoccupations.

Et parmi ces préoccupations, je crois qu’il est important de préciser que celle qui me semble la plus importante n’est pas d’en faire de « parfaits apprenants ». Non, ma préoccupation première est que chaque élève trouve sa place, se sente bien, en sécurité (physique et affective) et trouve en lui le courage et la force nécessaires pour s’épanouir. Parce que oui, il faut tout ça pour apprendre et « devenir soi » ! Certains enfants peuvent être paralysés par le risque d’échec ou d’autres s’épuiser à force de progresser trop lentement à leur goût. Le climat de classe dans lequel évolue chaque élève me semble essentiel à leur réussite (au sens d’accomplissement).

Mieux, les élèves, entre eux, partageaient ces principes communs, même s’ils ne les percevaient pas forcément comme nous, adultes. Ils avaient le goût de l’effort, l’envie d’apprendre, le plaisir d’essayer. J’ajouterais même qu’ils avaient de très bonnes habitudes de coopération. Le groupe était vécu comme une force et chacun avait à cœur de voir les autres réussir aussi. Et tout cela, ils étaient parfaitement capables de l’expliciter.

J’en suis donc venue à une conclusion que je pressentais déjà : les principes généraux qui fondent les règles que nous choisissons d’adopter sont plus importants que le règlement lui-même et méritent qu’on s’y penche explicitement, d’une manière ou d’une autre. Si on prend souvent le temps d’expliciter la multitude de « sous-règles » qui découlent du règlement, ces principes semblent trop souvent oubliés.

Règles, règlement et principes fondamentaux

 

Devenir l’auteur de son propre épanouissement

Dans le fonctionnement habituel d’un règlement, ce n’est pas le fait de respecter les règles qui garantit mon propre bien-être et mon épanouissement. C’est le fait que les autres respectent ces mêmes règles qui me permet d’être heureux (ou plutôt de ne pas être malheureux) et en sécurité. Or, ça me semble être une posture très passive, finalement. Et là, ce sont plutôt les classes difficiles qui remettent en cause ce fonctionnement : à partir du moment où un seul élève ne respecte pas les règles, ce sont tous les autres qui se retrouvent impactés et impuissants. Certains peuvent même ne plus vouloir venir à l’école ! Quel message faisons-nous alors passer malgré nous ?

Est-ce vraiment ce que nous attendons du règlement de notre classe ? N’est-il pas trop limité dans cette forme ? C’est en tout cas ce que je pense. C’est pour cela que, progressivement, j’ai commencé à changer de point de vue. Les règles d’une classe devraient, selon moi, permettre à chacun d’être actif, de prendre en main son épanouissement, de garantir et préserver son propre bien-être. On considère parfois trop le bonheur à la négative : c’est quand rien de mauvais ne nous arrive. Or, il dépend aussi et surtout, selon moi, de sa capacité à le construire et le protéger.

De même, si on creuse un peu avec les élèves, on peut vite tourner en rond. Posez la question « Comment être sage ? » aux élèves. Combien répondront : « En ne faisant pas de bêtises. » ? L’élève sage, ce serait donc « celui qui ne fait pas » (de bêtises). Mais dans ce cas, que faire avec ceux qui ne sont pas sages ? Ceux dont le comportement est problématique ? On sait tous combien dire « Ne fais pas ceci. » est inefficace. De même, les contrats, les adaptations, ne devraient être que temporaires. J’ai donc envie de chercher ailleurs.

Des règles « actives »

Les règles de la classe devraient donc, selon moi, être centré sur « moi » pour chaque élève. La question n’est plus « ce que doivent faire les autres » mais « ce que je dois faire, moi » ou plutôt « ce que je peux faire, moi ». La règle devient un espace (cadré) de liberté et d’action. Il faudra donc mettre au centre des échanges le « comment » afin que les élèves aient des éléments concrets de mise en oeuvre.

Un élève a, en général, beaucoup d’énergie. Toute cette énergie ne peut pas être constamment et exclusivement investie dans les apprentissages. J’essaye donc de les inviter à utiliser cette énergie à améliorer le cadre dans lequel ils évoluent, leurs relations avec les autres et leur estime d’eux-mêmes.

Des principes limités en nombre

En plus du « comment », on va aussi s’intéresser au « pourquoi ». En effet, si l’élève sait pourquoi il devrait faire les choses, et comment y arriver, il me semble qu’on augmente sensiblement les chances qu’il les fasse. Le « pourquoi » m’apparait comme essentiel. On va pouvoir passer d’une motivation extrinsèque (faire plaisir à l’adulte, peur de la punition, deux sources de stress potentielles) à une motivation intrinsèque (être acteur de son propre bien-être).

Qui plus est, en se questionnant sur les principes qui fondent les règles, on va pouvoir se rendre compte d’une certaine cohérence qu’on aurait eu plus de mal à observer si l’élève n’était confronté qu’à une multitude de règles qui se côtoient. Comprenant cette cohérence, il sera lui-même capable de juger si une action est souhaitable ou non (et donc autorisée ou non). L’élève n’est plus dans une posture d’exécutant passif qui suit les règles mais d’acteur qui pense les règles, qui réfléchit avant d’agir. Je ne suis pas en train de dire que chaque élève décide de ses propres règles mais qu’on lui donne les moyens de les comprendre et de réagir face aux situations inédites.

Une inspiration : les quatre accords toltèques

Vous avez peut-être déjà entendu ce nom quelque part. Vous avez peut-être même déjà lu le livre Les quatre accords toltèques de Miguel Ruiz.

Vous avez aussi peut-être déjà vu cette vidéo (notamment dans mon article sur la gestion des conflits) :

C’est cette dernière que je compte utiliser comme support à la réflexion avec ma classe et non le texte initial. J’ai fini par le lire et il est tout de même très philosophique, partant parfois très loin, évoquant des sujets délicats si l’on n’a pas le recul nécessaire pour les aborder. Sa lecture peut tout de même se révéler instructive. Cela dit, pour ce que je souhaite réaliser en classe, cette lecture n’est pas forcément vitale.

Revenons donc à notre vidéo. Elle présente quatre accords. On parle d’accords car il s’agit d’accords que nous passons avec nous-même. La vidéo, quant à elle, parle de « devenir un chevalier des temps modernes ». Elle utilise alors la comparaison avec l’équipement du chevalier :

  • l’épée représente la parole : elle peut faire le bien ou faire mal
  • le bouclier protège : on ne laisse pas les autres nous blesser
  • la quête de la vérité : nous pousse à ne pas faire de suppositions mais à oser poser des questions
  • la règle du chevalier : toujours faire de son mieux (son mieux à l’instant T, qui n’est pas toujours égal à lui-même)

Un peu plus explicite, on peut utiliser en complément cette vidéo, si la première vous semble trop imagée :

Je l’apprécie un peu moins car moins construite dans son discours mais étant beaucoup plus explicite, elle peut beaucoup aider les élèves s’ils n’arrivent pas trop à comprendre la première. J’aurais tendance à n’en utiliser que des extraits pour vraiment cibler chaque accord l’un après l’autre. On peut aussi préférer cette vidéo car elle influe moins la reformulation que pourraient en faire les élèves. Je crois tout de même que les images permettent une meilleure mémorisation et donc un meilleur rappel des quatre principes évoqués.

Ma parole, comme l’épée, est à double tranchant

La parole est comme l'épéeBien souvent, les élèves ont bien enregistré qu’ils peuvent faire mal, voire très mal, avec de simples mots. Ils savent aussi que certains mots les ont blessés, quoique cela mérite parfois d’être explicité. Par contre, tous n’ont pas conscience du bien qu’ils peuvent faire avec leurs mots. On peut donc prendre un moment à parler de tout ce que les mots nous permettent de faire de bien et pourquoi cela est positif et souhaitable.

Il ne s’agit pas seulement de dire « c’est bien » ou « c’est mal ». On essaye de prendre conscience, petit à petit, qu’un climat de classe positif et serein va aussi, en retour, nous apporter beaucoup de bonnes choses. On sera plus heureux d’aller à l’école, on apprendra mieux, on aura aussi potentiellement plus de droits puisque tout se passe bien. On pourra évoquer l’importance  de la coopération, d’ailleurs : « Seul, on va plus vite mais ensemble, on va plus loin. »

Le bouclier me protège

Le bouclier me protègeCombien de fois avons nous à gérer un « Maitresse (ou maitre), il a dit que j’étais bête. » (remplacer « bête » par tout qualificatif péjoratif). Très souvent, il me suffit de répondre « Mais est-ce que c’est vrai ? ». La plupart des enfants arrivent, en général, à passer à autre chose rapidement, et heureusement. Cela dit, ce n’est pas le cas de tous. Certains vont se dire « Il a dit que je suis bête parce que ce matin, je n’arrivais pas à faire mes calculs. » par exemple. Ils vont donc trouver des arguments qui confirment la théorie de l’autre et seront blessés.

A ce sujet, vous apprécierez peut-être la lecture de mon article sur l’estime de soi à l’école et en classe.

Le bouclier doit permettre à l’enfant de ne pas se laisser atteindre par les agressions verbales des autres. Car oui, ici, tout ne repose pas sur le respect des règles par les autres. Il s’agit aussi de pouvoir continuer d’évoluer à l’école sereinement même si quelqu’un ne respecte pas les règles. Les discussions pourront donc porter sur les différentes stratégies qu’on peut adopter pour ne pas se laisser atteindre. Certains élèves ne manquent pas d’idées dans le domaine !

Bien sûr, on évoquera le risque de ne jamais écouter les autres et de se refermer sur soi-même. Apprendre à se remettre en cause n’est pas non plus mauvais. Cependant, de l’expérience que j’en ai, les élèves qui ne se remettent pas en cause sont tout de même relativement rares, au fond.

La quête de la vérité me guide

La quête de véritéLà encore, je pense que nous avons tous eu à traiter d’un problème reposant sur « Il l’a fait exprès, je le sais ! », ce qui n’était pas forcément vrai. Il est difficile, pour beaucoup d’élèves, de comprendre que ce qu’ils imaginent ou croient vrai ne l’est pas forcément. Il me semble important de leur faire comprendre qu’on ne peut pas savoir, mieux que le concerné, les intentions qu’il avait. La plupart des incidents sont des accidents.

On ne cherche cependant pas la vérité pour rien. On la cherche car, sinon, on se rend malheureux soi-même et on risque de le faire à tord. Donc, plutôt que de supposer et d’imaginer, le mieux est souvent le dialogue avec le concerné. Ainsi, on peut régler le problème beaucoup plus vite et plus facilement. En plus, on évite les débordements qui peuvent avoir lieu (formation de groupes, revanches, etc.).

La règle est de faire de son mieux

Il faut faire de son mieuxQu’on parle de comportement ou de travail scolaire, l’élève fait de son mieux. On développe alors le goût de l’effort. On ne peut pas réussir si on ne donne pas tout pour essayer. Un élève passif n’apprendra rien. Un élève passif sera aussi dépendant des autres pour son propre bien-être. On fait donc de son mieux dans ses apprentissages et dans son comportement avec les autres.

Néanmoins, on apprend aussi à relativiser. On ne peut pas réussir tout le temps. Faire de son mieux, ce n’est pas toujours pareil d’un jour sur l’autre ou selon le moment de la journée. Si on est fatigué, on fera un peu moins bien que si on est en forme. Et si on se sent vraiment très motivé et énergique, on peut tenter des choses formidables. Le tout, c’est de ne pas culpabiliser ou redouter l’échec. Tant que nous faisons de notre mieux, rien ne peut nous être reproché. Et surtout : on ne peut rien se reprocher à soi-même.

Mise en oeuvre dans la classe

A partir de toutes ces réflexions personnelles, j’en viens à ce que je compte tenter de mettre en place en classe l’année prochaine. Bien sûr, quel que soit mon projet initial, il devra s’adapter à ma classe mais aussi à l’école et à ce qui se fait déjà. On ne peut pas arriver et tout chambouler sans avoir cherché à comprendre ce qui existe déjà.

Il est donc à noter que, si tout ce qui précède s’appuie sur mon expérience passée, ce qui suit est encore à l’état de projet. Je ne dessinerai que les grandes lignes de celui-ci, vous laissant le soin de vous en saisir et de vous l’approprier s’il vous inspire.

Le cadre du travail sur les règles

Tout d’abord, je souhaite partir de ce que les élèves pensent, savent et vivent. De ce fait, il ne s’agira pas de partir d’un support (vidéo, livre) pour en déduire des règles. Selon l’âge des élèves, je m’attends à trouver des règles (niveau 1 : les habituels d’un règlement de classe) ou des règles secondaires (niveau 2 : toutes ces variantes qui en découlent). Un grand travail de catégorisation me semble donc important : Quelles règles vont ensemble ? Quelles règles reviennent au même ? Quelles règles sont essentielles et quelles autres sont trop situationnelles ?

Je compte partir d’une recherche individuelle puis d’un travail de groupe, sans doute pour produire une affiche. Ensuite, seulement, d’une mise en commun collective afin que chaque groupe puisse présenter l’état de sa réflexion. On pourrait dire que tout cela constitue le recueil des représentations initiales et une première tentative de les organiser. L’avantage de ce temps est aussi de permettre d’observer quels sont les éléments saillants que partagent déjà tous les élèves (ou une majorité) de la classe.

Je n’hésiterai pas à introduire, aux moments que je juge opportuns, les questions « pourquoi » et « comment ». Le but, c’est aussi de leur faire réaliser que ce qui leur semble évident n’est pas forcément aussi facile et clair qu’ils ne le pensaient.

Autre avantage de commencer par là : on aura un support provisoire pour que le groupe classe fonctionne bien que le travail sur les règles de la classe ne soit pas abouti. Le reste du travail prendra du temps. J’envisage une semaine par accord, ce qui fait 5 semaines de travail minimum.

Ce n’est que dans un second temps qu’interviendra la vidéo sur les accords toltèques (la première).

Les débats et discussions entre élèves

Pour la suite, le but est de provoquer le débat. Il ne s’agit donc pas de fournir des réponses toutes prêtes ou de regarder la vidéo et d’en faire un résumé.

Des débats classiques

On peut envisager différents sujets de débat ou discussion :

  • « A quoi sert la parole ? » « Que pouvons-nous faire avec que ne font pas les animaux, par exemple ? »
  • « Comment se protéger quand quelqu’un nous dit quelque chose de désagréable ? »
  • « Comment est-ce que je réagis quand je suis blessé ? » « Comment faire mieux ? » « Comment régler le problème ? »

On pourra adopter le déroulement classique : recherche individuelle puis en groupe et mise en commun collective pour discussion finale, par exemple. La vidéo pourra intervenir soit pendant le travail de groupe soit au final, pour que la classe puisse voir ce qu’elle nous apporte comme idées nouvelles.

Les dilemmes moraux

On peut aussi opter pour les « dilemmes moraux » : il s’agit d’une question où il n’y a pas de réponse évidente. Habituellement, je propose ou sélectionne, après un brainstorming collectif, deux ou trois réponses. Chaque réponse est matérialisée par un coin dans la classe (ne pas avoir peur de bouger les tables). Les élèves se placent dans le coin qui correspond à leur réponse. Ensuite, un élève va justifier son choix et essayer de convaincre les autres. Tout au long de la discussion, les autres élèves (et même lui) pourront se déplacer s’ils changent d’avis. Celui qui mène la discussion (l’enseignant en général) va alors interroger les élèves sur leurs changements ou les autres volontaires pour s’exprimer. L’avantage, c’est que tous participent, même s’ils ne parlent pas.

Quelques exemples de situations :

  • Samedi, Mehdi fête son anniversaire. Il a invité Julien, mon meilleur copain, mais pas moi. Comment réagir ? (exemples de réponses possibles : je ne parle plus à Mehdi, je demande à Julien de ne pas y aller, j’invite Julien à venir chez moi ce jour-là, je vais en parler avec Julien, je vais en parler avec Mehdi, etc.)
  • Je rentre le soir après l’école avec ma grande sœur. Mes parents ne sont pas encore rentrés. Je n’ai pas beaucoup de devoirs, ma sœur n’en a pas du tout et elle veut jouer à un jeu avec moi. Je peux commencer par faire mes devoirs puis jouer avec ma sœur ou l’inverse.

La vidéo peut, là encore, être utilisée en cours de débat, lorsqu’on sent que les échanges s’essoufflent, ou à la fin.

Ce dispositif, s’il semble intéressant, présente une petite difficulté potentielle. Certains élèves chercheront « la » bonne réponse, celle attendue par le professeur. Cela peut les inhiber. De même, d’autres élèves voudront « gagner » et donc seront moins réceptifs aux arguments de leurs camarades. Ce sont deux cas de figure à anticiper.

La reformulation par les élèves

A la fin de chaque séance, le but sera de faire produire une règle, ou plutôt un grand principe. On peut aussi envisager une dernière séance dédiée. J’ai beau partir des quatre accords toltèques, il est essentiel que les élèves puissent s’approprier les idées de ces principes et trouvent les mots qui leur parlent.

De mon côté, j’envisage de faire produire une affiche par principe et par groupe. Pour cela, je prévois quatre grandes feuilles colorées et quelques visuels issus de la première vidéo pour rappeler notre réflexion. Je vous les propose en A4 et A5.

Images - les accords toltèques pour les enfants

Pour aller plus loin

Je vous ai déjà parlé, il y a peu, du site « Climat Scolaire » du réseau Canopé. On y trouve aussi des articles sur les règles et le règlement. Je trouve l’article « Agir avec un cadre explicite et explicité » intéressant car il permet de changer d’échelle et de mettre les choses en perspective. S’appuyant sur les résultats de la recherche, on nous informe de certains fondamentaux de la gestion des règles et des comportements.  L’article présente aussi l’intérêt de fournir des pistes d’action concrètes à plusieurs échelles afin d’améliorer les choses au sein d’un établissement.

RecreatisseAussi, Récréatisse avait déjà proposé un excellent travail autour des accords toltèques, très adapté aux plus jeunes je trouve. Elle partait de l’ouvrage « Les accords toltèques expliqués aux enfants ». Je vous conseille vivement de découvrir son travail ! Il est très détaillé et vraiment complet. C’est du clés en mains.

Sur le site « apprendre à éduquer », vous trouverez aussi un résumé des quatre accords toltèques « originaux » (ceux du livre de Miguel Ruiz) et une affiche pour les enfants.

Les drapeaux dans l’article et utilisés pour l’image d’en-tête restent la propriété de leur auteur. Ils sont extraits de la vidéo « Les accords toltèques racontés aux enfants« .

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