Cette année m’a proposé un sacré défi ! En effet, dès la deuxième semaine, je constatais un écart de niveaux en lecture impressionnant entre mes élèves. Si deux tiers de ma classe ont un niveau correct voire très bon, il me restait un tiers qui n’avait pas encore acquis le décodage des digrammes (ni trigrammes, etc.) de manière automatique. C’est à dire que, bien qu’en CE2, ces élèves confondent encore régulièrement « on », « an » et « in », par exemple. Ce constat de départ m’a menée à une conclusion évidente : il ne sera pas possible de travailler en lecture et littérature avec tous mes élèves en même temps.  Il me faudra différencier. Par là, j’entends proposer un travail complètement différent à ces élèves en difficulté. Ils ont encore besoin, dans un premier temps, d’automatiser le décodage pour accéder plus sereinement au cycle 3.

Trois équipes pour trois parcours différenciés

Je fonctionne alors avec trois groupes, que j’ai appelé « équipes » pour les élèves (bien qu’ils sachent bien de quoi il s’agit je crois, ils aiment ce côté « solidaire »). Chaque équipe a des objectifs ciblés, un parcours aménagé selon leurs besoins :

  • Une équipe « très bons lecteurs » qui évolue avec le manuel de lecture que j’ai, alternant entre trois activités : lecture-compréhension (fiche), production d’écrit et cercle de lecture.
  • Une équipe « fluence » qui lit déjà bien mais manque de fluidité. Mon objectif étant qu’au courant de la période 3, ils suivent avec le groupe « très bons lecteurs » après avoir atteint un niveau suffisant en fluence.
  • Une équipe « faibles-lecteurs » dont il est question ici, qui a pour l’heure deux fois « ateliers de découverte et entrainement sur le sons » et une fois « lecture-plaisir » (lire sans aucun travail demandé derrière).

Je reparlerai de mon fonctionnement en atelier dans un article plus détaillé. Mais là, je vais plutôt exposer mon fonctionnement avec les boites de sons. Ce ne sont pas le seul support utilisé avec mes faibles-lecteurs. J’utilise aussi des fiches d’exercices que j’ai composé moi-même à partir des manuels que j’utilisais l’an passé en CP-CE1 et des jeux, notamment un Dobble que le maitre E utilise avec eux en atelier un jour par semaine. Je prends un certain nombre de ces élèves 30 minutes par semaine en APC pour faire des jeux. Vous trouverez notamment le jeu « un mot, des mots », ou encore celui des 7 familles sur le blog et d’autres suivront. Bref, il s’agit donc ici de présenter un seul des outils utilisés dans le cadre de ces ateliers : les boites de sons.

Les boites de sons

Problématique

J’ai cherché un peu partout un fonctionnement nouveau (pour moi), qui ne recourrait pas à un millier de photocopies. Il ne fallait pas non plus trop d’écrit. De plus, ce fonctionnement devait permettre à chacun d’évoluer à son propre rythme, selon ce qu’il sait déjà et ce qui lui reste à travailler. Parce que oui, même dans ce groupe, les niveaux de lecture et de décodage sont aussi très hétérogènes ! S’ajoute le fait qu’ils sont en CE2 : ils n’ont pas « rien appris ». Reprendre du début comme en CP, faire des activités similaires à ce qu’ils ont fait en CP, risque de diminuer leur estime de soi, de provoquer un sentiment de « renvoi à un niveau inférieur », pire encore que le redoublement. C’aurait été particulièrement contre-productif.

En plus, je voulais leur permettre de développer des stratégies pour apprendre par eux-mêmes. On peut apprendre un nouveau son, en isolant une graphie par exemple. Un élève est capable de deviner un mot selon le contexte ou en cherchant le sens et les lettres dont il arrive à décoder le son. Donc s’il arrivait à isoler la graphie qui lui pose problème, il peut lui associer un son et apprendre ainsi un nouvel encodage écrit de ce son sans l’intervention d’un adulte. Ils peuvent aussi fonctionner par comparaison de différents mots entre eux, comportant une même graphie. L’étayage reste important, au début, pour que les élèves puissent acquérir ces compétences. Je me base, quand j’en ai un, sur le bilan orthophonique pour définir quelles approches seraient les plus efficaces pour chaque élève, laissant le soin au spécialiste de la rééducation dans les domaines « déficients ». Enfin, il fallait qu’ils puissent être autonomes pour que je puisse valider un élève ou naviguer entre les groupes pendant qu’ils travaillent et s’entraînent.

Dernier problème : certains élèves ont fini par tellement se bloquer sur la lecture qu’ils peinaient à se lancer. L’un d’entre eux à même refusé de lire en début d’année parce qu’il « ne sait pas lire ». Ce n’était évidemment pas tout à fait vrai ! Il me fallait donc pouvoir les mettre à la lecture sans moi. Je voulais faire appel à leur motivation intrinsèque le plus rapidement possible. Il fallait en plus m’assurer qu’ils puissent être en réussite au moment où ils me montreraient ce qu’ils ont appris.

Je peux vous dire qu’avec tout ça, un mois entier de réflexion n’a pas été de trop ! C’est d’ailleurs un dispositif qui aura été mené à évoluer au courant de l’année car, sans cela, les élèves finissent par se lasser. C’est d’autant plus vrai que je ne peux pas valider près d’une dizaine d’élèves tout en m’occupant des autres groupes.

Un outil de remédiation et de différenciation

La boite du son [z] ouverte.Il est important de comprendre que j’ai créé cet outil dans une optique de remédiation pour des élèves n’étant pas « vierges » de toute connaissance dans le domaine de la lecture. Il ne faut donc pas s’étonner de voir apparaitre des mots un peu difficiles par exemple. Je ne suis pas sure que je conseillerais cet outil pour un apprentissage de la lecture en CP, ou alors peut-être pour un travail différencié avec des élèves qui arrivent en ayant déjà acquis les sons les plus simples et qui s’ennuieraient à suivre la progression prévue pour la classe.

Cela dit, je ne l’ai pas conçu avec cette idée-là et je l’ai encore moins testé dans ce contexte. Si cela devait vous arriver, n’hésitez pas à faire un retour !

Autre point notable : tous les sons ne sont pas présents. Il s’agit des graphies les plus complexes, celles qui posaient problème à mes élèves. Il n’est pas exclu que j’élargisse un jour l’outil à tous les phonèmes. Cependant, ce n’est pas au programme pour l’heure : mes élèves ont suffisamment progressé pour que je passe à un autre exercice.

Le matériel choisi : les boites de sons

Je suis alors tombée sur le site « Montessori mais pas que« , où se trouve un article sur « des pochettes d’homophonie« . Je me suis alors très librement inspirée de ce travail. J’ai donc fabriqué des boites sur lesquelles j’ai placé une étiquette avec le son inscrit dessus. A l’intérieur, on y trouve :

  • une petite carte de couleur plastifiée par graphie du son (par exemple « s », « z », « x » pour le son [z])
  • plusieurs petites cartes de même taille, blanches, sur lesquelles se trouvent des mots dont la graphie a été mise en couleur : il faut donc classer.
  • un petit livret par graphie avec la graphie en couverture et des phrases à l’intérieur, contenant des mots avec la graphie concernée.

Par exemple, pour le son [z] :

  • trois cartes oranges avec écrit « s », « z » et « x »
  • plusieurs cartes avec des mots comme « un zèbre », « un désert », « dixième » où le « z », « s » et « x » sont en orange. Il faut les classer (les cartes oranges servent à marquer le groupe).
  • un livret « s », un livret « z » et un livret « x » avec une phrase par page comme : Seize lézards sont au soleil. (où les « z » sont en orange)

Je mets aussi les lettres muettes en gris.

J’ai aussi pensé à mettre une couleur différente pour chaque son. Ça n’a pas été nécessaire avec la plupart de mes élèves de cette année qui sont relativement bons en discrimination visuelle mais c’est quelque chose qui peut aider lorsqu’il y a des confusions (« au » et « ou » se ressemblent assez visuellement par exemple). J’ai essayé de mettre des couleurs très différentes pour les graphies ou les sons qui pourraient être confondus ([s] et [z] par exemple).

J’aurais pu pousser le vice en imprimant sur du papier de différente couleur mais cela représentait un coût matériel et un peu trop de gaspillage à mon goût. Cela dit, libre à vous de fonctionner ainsi. S’il y a de la demande, je ferai les cartes avec les graphies (orange initialement) en pages séparées.

Entrainement avec les boites de sons

En début d’atelier, les élèves vont chercher la boite de leur choix et s’entraînent à trier les graphies, à lire les mots sans hésitation (ils se constituent ainsi un répertoire mental de mots) et à lire avec aisance les phrases des livrets. Le fait que l’ordre des livrets puisse changer et qu’il y ait un certain nombre de phrases à lire diminue les risques que l’élève apprenne par cœur, même s’il est vrai qu’au moment de la validation, il n’en sont plus au décodage systématique de tous les mots (mais c’est normal puisqu’un lecteur expert ne décode plus tous les mots qu’il lit).

Ensuite, ils s’entraînent seuls. Parfois, ils font appel à un voisin qui vient l’aider ponctuellement. Je les laisse un peu naviguer parfois librement sur ces 40 minutes d’atelier. Ils connaissent le contrat : ils doivent pouvoir lire tous les mots et les phrases sans bloquer.

17 boites de sons.

Validation des sons acquis

La barquette de tri

Lorsqu’un élève a terminé avec une boite de son et qu’il se sent prêt, il doit aller chercher une barquette de validation. En l’occurrence, il s’agit de barquettes de la cantine. J’y place une fiche que je découpe pour bien entrer dedans, avec une colonne par graphie. Ils ont aussi plusieurs petites étiquettes jaunes avec les différents mots qui étaient déjà présents dans la boite mais la graphie n’y est pas colorée.

Pour valider, ils doivent trier ces petites étiquettes puis je viens vérifier et les faire lire, l’une après l’autre, rapidement.

La lecture de phrases

Enfin, je leur fournis une fiche avec plusieurs phrases extraites des livrets et il doivent les lires rapidement. Cette fois-ci, les graphies ne sont pas mises en couleur mais les lettres muettes restent en gris (car ce n’est pas ce que nous travaillons, inutile de multiplier les difficultés).

Là encore, ils doivent lire rapidement ces phrases sans hésiter.

Le suivi des sons acquis

Chaque élève a une fiche dans son classeur sur laquelle se trouve un tableau avec plusieurs lignes : pour chaque ligne, je peux écrire le son que l’élève a souhaité travailler. Il y a ensuite 3 colonnes : reconnaissance du graphème, lecture de mots, lecture de phrases. Pour chaque case, trois petites cases à cocher : à renforcer, bonne maitrise, excellent. Les deux dernières cases valident. La première demande un entrainement supplémentaire. « Excellent » valorise l’enfant qui a vraiment visé la maitrise parfaite du son et des mots ou phrases proposées.

Ainsi, je sais quels sons chaque élève aura travaillé et validé. Le but est qu’ils en valident un maximum. Je m’était fixé en objectif fin décembre ou février, selon la vitesse où ils iront. Début février, j’ai commencé à leur proposer un autre format de lecture même si tous les sons n’avaient pas été validés car ils avaient fait le tour de toutes les boites.

Le matériel à imprimer

Ce matériel est celui que j’utilise. Par exemple, mes étiquettes sont adaptées au format des mes boites. Cela dit, on peut aussi s’inspirer de « Montessori mais pas que » en faisant des pochettes. Libre à vous de créer vos propres supports, le plus intéressant à mon sens étant de partager avec vous toutes les petites étiquettes de tri et les livrets à imprimer, qui demandent quand même pas mal de temps.

Le matériel d’entrainement

Les couvertures des livrets et les entêtes sont imprimées sur du papier coloré pour ma part. J’utilise du papier épais orange qu’on trouve pour un prix raisonnable. Les entêtes sont plastifiées, comme les cartes avec les mots, avec du plastique 80 micron.

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Le contenu des livrets est imprimé sur du papier blanc uni classique.

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Les cartes de tri, quant à elles, sont imprimées sur du papier épais 160g mais je n’utilise que du plastique 80 micron (histoire de ne pas exploser le budget).

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Dans tous les cas, je suis les lignes en gris clair pour mon découpage. La bordure épaisse est simplement là pour faire joli.

Le matériel de validation

Le matériel de validation consiste en trois éléments :

  • les fonds pour les plateaux de tri
  • les petites cartes de tri
  • les fiches avec les phrases à valider (format A4 et deux fois A5 au choix)

Les fonds pour les plateaux de tri sont imprimés sur du papier standard et plastifiés (plastique 80 microns). Les cartes sont imprimées sur du papier épais (160g), jaune pâle pour mon cas, et plastifié de la même façon que le plateau (80 microns).

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Les deux documents suivant, peu importe celui qu’on choisit, s’imprime en recto-verso. J’imprime sur mon éternel papier 160g blanc et plastifie mes fiches pour pouvoir les utiliser toute l’année… et les années suivantes !

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Les étiquettes des boites

Les boites m’ont pris un temps fou. C’est ma première activité de cartonnage mais j’ai fini par prendre le coup de main et malgré un travail en chaine, il m’aura fallu une bonne quinzaine d’heure pour réaliser les dix-sept boites nécessaires.

Cependant, on peut aussi opter pour une petit pochette qu’on trouve facilement en lot. Il y a, par exemple, ces pochettes A5 qui sont peu coûteuses, ces pochettes 11x17cm avec fermeture velcro ou ces petites pochettes souples au format A6. Cela vous fera gagner un bon weekend de bricolage !

Dans tous les cas, vous pourriez vouloir des étiquettes pour personnaliser tout cela ! Voici donc celles que j’ai utilisées. Le petit format est celui sur le dessus de la boite, le grand étant celui à l’intérieur. On a toujours un peu de gaspillage, parce qu’il est assez difficile de couper une page en dix-sept tout en ayant de bonnes proportions.

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Evolution de ces activités

On peut imaginer de nombreuses évolutions. Le site « Montessori mais pas que » donne d’ailleurs l’idée d’un répertoire de sons. Avec le maitre E, nous avons fait constituer, par les enfants, un « portrait » de tout ce qu’ils savent lire. Ensuite, on a créé un sous-mains plastifié avec les éléments qui posaient encore problème. Selon sa suggestion aussi, j’ai glissé vers des entrainement de type fluence chronométrés où les élèves doivent réussir à lire une liste de mots (issus essentiellement des boites) sans erreur et très rapidement (24 en 30 secondes à l’heure actuelle). J’essayerai de fournir les ressources prochainement, dès que j’aurai fini de les créer !

Petit à petit, bien sûr, l’idée est de les mener vers de la lecture de textes courts. Ce sera l’objectif de ma dernière période. Je n’oublie pas que la différenciation consiste avant tout à créer un chemin particulier, propre aux besoins d’un ou plusieurs élèves, dans le but de lui faire atteindre le même objectif que les autres.