Lors de ma première année, je me rappelle avoir un peu survolé le thème… parce que ça me semblait évident ! Et puis, je me suis progressivement rendu compte que c’était très loin de l’être pour les élèves en difficulté. Je dirais même que beaucoup d’élèves se trouvent en grande difficulté à cause de ces pronoms personnels. Seulement, si on survole le thème, on risque de ne pas s’apercevoir de ces lacunes. Ces dernières engendreront surement, par la suite, des problèmes en conjugaison (principalement en situation de production d’écrit autonome ou dictée) ou en compréhension.

Alors, j’ai commencé à me creuser un peu sur la question. L’idée de cet article, c’est de partager ma réflexion personnelle sur le sujet. J’y associe aussi une ressource pratique, un affichage en l’occurrence.

Pronom personnel sujet (PPS) et conjugaison

J’ai déjà longuement exposé ma façon de faire en conjugaison (inspirée de la conjugaison horizontale). Néanmoins, je trouvais intéressant de me pencher un peu sur le cas du pronom personnel sujet (PPS). N’oublions pas, cependant, que j’appuie l’étude de la conjugaison sur le sens : il faut comprendre ce qu’on écrit. Ainsi, tout le travail mené en compréhension, que je détaillerai plus loin, viendra aussi nourrir notre maitrise de ces pronoms personnels sujets.

Le sujet et le verbe

D’ailleurs, ce thème est revenu dans mes échanges avec François Kleczewski en commentaire de l’article sur la conjugaison. Il s’agit déjà de traiter du lien entre sujet et verbe. Il me semble que l’accord du verbe avec son sujet est le cœur du problème en conjugaison.

Et c’est peu de le dire ! Le sujet renvoie à de nombreuses notions :

  • Construction de la phrase
  • Noms propres et noms communs
  • Groupes nominaux minimaux, plus longs ou complexes
  • Pronoms Personnels Sujets (PPS)
  • Nombre et genre (dans le GN ou du PPS)
  • Difficulté des sujets apparent (avec un verbe impersonnel) ou indéfini
  • Fonction des groupes de mots
  • Différence entre nature et fonction
  • Etc.

Je commence à construire la notion de sujet dès le CP/CE1 lorsqu’on étudie la construction de la phrase simple : « De qui (ou quoi) je parle + ce qu’il fait (ou ce qu’il est) ». Ainsi, dans de nombreux ouvrages, on parle du sujet de la phrase, et non du sujet du verbe. Le sujet de la phrase, dans une phrase simple (où l’ordre sujet/verbe est respecté), est ce dont on parle en premier. Ainsi, sans aucune notion de grammaire préalable, les élèves sont très tôt capables de repérer le sujet.

Cela étant, je construis aussi cette notion dans le sens inverse : dès qu’on voit la notion de verbe conjugué, on peut commencer à dire « Qui fait l’action ? » (ou plutôt « Qui [verbe + complément(s)] ? », « Qui [prédicat] ?). D’ailleurs, quand les élèves commencent à progresser en conjugaison, ils arrivent à reconnaitre certaines terminaisons qui sont des indices (et non des indicateurs fiables à 100% !) : -nt, -ait, etc. Cela les aide à savoir qu’on cherche un sujet « singulier » ou « pluriel », par exemple.

Bref, dès le début du cycle 2, sujet et verbe conjugué se co-construisent et s’enrichissent mutuellement. Il en ira de même pour toutes les notions qui touchent, de prêt ou de loin à la fonction sujet.

Le Pronom Personnel Sujet (PPS) et le verbe

La difficulté du pronom personnel sujet (PPS), c’est qu’on ne traite pas uniquement de la fonction sujet. On parle aussi de la nature « pronom » et plus particulièrement des « pronoms personnels ».

Rien que le nom tend un double piège :

  • Les pronoms ne remplacent pas que des noms mais, aussi, des groupes nominaux voire ne remplacent rien (je, tu, etc.).
  • Les pronoms personnels ne désignent pas toujours une personne, mais tout ce que peut désigner un GN, et ce qu’il ne peut pas désigner, comme dans « il pleut » (construction impersonnelle) ou « on me regarde » (pronom personnel indéfini, difficile à remplacer par un GN).

Là encore, le pronom personnel sujet se construira en parallèle d’une autre notion : celle de groupe sujet. En effet, l’une des façons que l’on a de reconnaitre un groupe sujet est de le remplacer par un pronom personnel sujet. Ainsi, chacune de ces notions participe à la construction et l’intégration de l’autre. On est bien évidemment libre de commencer par l’un ou par l’autre.

J’ai essayé de représenter les grands thèmes qui gravitent autour de la notion de pronom personnel sujet, afin d’aider à y voir plus clair. Ce sont, en tout cas, les notions auxquelles nous sommes le plus susceptibles d’être confronté lors de l’étude du PPS. L’accord du verbe est, évidemment, une notion clé. C’est peut-être celle qui a le plus besoin du pronom personnel sujet. Le groupe nominal tient, lui aussi, une place de choix dans les connaissances en lien avec le pronom personnel sujet.

Les connaissances grammaticales qui gravitent autour de la notion de Pronom Personnel Sujet

 

Je ne vais pas entrer dans les détails. Régulièrement, je reviens à l’ouvrage « Quelle grammaire enseigner ? » (dir. par Jean-Christophe Pellat) pour refaire le point sur l’aspect théorique. Des petites révisions de temps en temps ne font pas de mal, surtout pour ceux qui, comme moi, ne se considèrent franchement pas experts en la matière.

Les Pronoms Personnels Sujets et la compréhension

Il est aussi intéressant de noter que cette notion de pronom personnel sujet n’est pas seulement utile en production d’écrit. Elle est aussi essentielle en situation de compréhension. Bien sûr, ces deux domaines s’enrichissent réciproquement.

Pour pouvoir comprendre un texte, qui utilisera très probablement des pronoms personnels (sujets ou non), il est important de maitriser le sens de ces pronoms. C’est pour cela que je veille toujours à les définir le plus explicitement possible, au fil des lectures mais aussi grâce à des jeux de rôle, des mises en scène ou des lectures dialoguées.

La définition des pronoms personnels sujets

Attaquons le plus difficile : définir chaque pronom personnel sujet. Je dis que c’est le plus difficile car cette définition représente un effort d’explicitation. Le but est de permettre à chaque élève de comprendre ce qui nous semble, à nous, évident. Ainsi, l’élève pourra être plus performant en compréhension (oral ou de textes écrits) mais aussi mieux utiliser ces pronoms en situation de production.

Je

Pronom personnel sujet jeC’est un travail qui est débuté dès la maternelle, à l’oral, et qui n’a, en général, que besoin d’être revu rapidement. « Je », c’est quand c’est « moi » qui fait l’action (ou c’est « moi » qu’on décrit). Le « je » ne dépend pas du contexte : « je », c’est toujours à « moi », celui qui parle, qu’il fait référence.

Reste qu’en situation de lecture de texte, il faut réussir à identifier qui parle pour définir qui est le « je ».

Tu

Pronom personnel sujet tuLe « tu » est un peu plus difficile. En effet, avant de s’intéresser à qui est désigné par « tu », il faut savoir à qui l’énonciateur parle. Il faut donc préciser la situation d’énonciation davantage : qui parle à qui ? C’est un travail important à mener à chaque occasion, lors des lectures notamment. C’est d’ailleurs une question récurrente en compréhension : « Qui est désigné par le mot/pronom « tu » dans telle phrase ? »

Il, elle, ils et elles

Pronom personnel sujet il ou ellePronom personnel sujet ils ou ellesLa première possibilité est que l’on parle d’autre chose que d’une personne (ou d’un personnage dans une histoire) : un objet, un animal, un sentiment, etc. Dans ce cas, on sait que c’est « il(s) » ou « elle(s) ». Reste encore à pouvoir identifier :

  • le genre : féminin ou masculin
  • le nombre : singulier ou pluriel

Attention toutefois, nous sommes encore dans une situation de co-construction. En effet, des élèves de maternelle sauront probablement dire que « la table » devient « elle » sans savoir dire que c’est un nom féminin. On pourra alors s’appuyer sur cette maitrise implicite de la langue pour construire le genre. De même, les élèves savent dire, la plupart du temps, s’il y a « une chose » ou « plusieurs choses », sans pour autant être capable de recourir au vocabulaire spécifique : « singulier » ou « pluriel ». Ce n’est qu’au cycle 2 (CE2), dans les programmes de 2015, qu’on demande de faire la distinction entre « pluriel » et « pluralité » (« des personnes » est pluriel et « la foule » est singulier).

Parfois, les élèves se trouvent en difficulté lorsque le groupe nominal que doit substituer le pronom personnel contient des noms féminins et masculins. Ils peinent à choisir entre « ils » et « elles ». Là, le masculin « l’emporte ».

Comme pour le « tu », dans le cas où il s’agit d’une ou plusieurs personnes, la situation d’énonciation est importante. Il faut savoir qui parle à qui. Ainsi, on peut définir si celui dont l’énonciateur parle est le destinataire ou une personne tierce. Pour les élèves, je dis que le sujet n’est ni celui qui dit la phrase (ou l’écrit), ni celui à qui il dit la phrase : c’est une autre personne. Avec des jeux de rôle, on arrive assez bien à faire comprendre la notion : un élève parle à un second d’un troisième.

On pourrait penser toutes ces précisions tout à fait superflues mais elles sont loin de l’être, notamment pour les élèves les plus fragiles ou ceux dont le Français n’est pas la langue natale. Cela dit, il ne s’agit pas d’assommer l’élève avec une leçon magistrale sur les nombreuses implications de la troisième personne ! Nous, nous devons avoir une vision d’ensemble pour être efficace. Ensuite, je conseille d’y aller petit à petit. C’est un travail de longue haleine qui peut être vu dans de nombreux contextes :

  • travail explicite de compréhension
  • au détour d’une lecture quelconque où il est possible de rebondir
  • en réponse au questionnement d’un élève
  • au moment de productions d’écrits (où l’on cherchera, notamment, à éviter les répétitions)
  • au moment d’exercices d’étude de la langue
  • etc.

Il reste néanmoins important de ne pas rester dans le « saupoudrage » de connaissance. L’explicitation passe aussi par un temps dédié où l’on se pose pour rassembler et organiser les connaissances acquises. C’est aussi pour cela que je n’élimine pas totalement les séances d’étude de la langue !

A noter qu’on a aussi le cas du « il » comme sujet d’un verbe « impersonnel » : « il pleut », « il neige », etc. Il ne pose toutefois pas vraiment de problème aux élèves en général.

Nous et vous

Pronom personnel sujet nousPronom personnel sujet vousParfois, le « nous » et le « vous » se posent d’eux-mêmes. Parfois, non. Il n’est pas rare d’être surpris lorsque, dans un exercice de conjugaison, un élève écrive : « Ma petit soeur, mon cousin et moi mangent des gâteaux. » C’est qu’il n’est même pas garantit qu’à l’oral, la phrase aurait été plus juste. Il n’empêche que l’oral sera un moyen d’entrainement rudement efficace pour corriger cette erreur d’accord.

Cependant, s’intéresser aux pronoms personnels « nous » et « vous » permet de diminuer les risques de tomber avec cette erreur, ou améliorent les chances de la corriger.

  • Comme avec « je », « nous » inclut l’énonciateur mais aussi une ou plusieurs autres personnes.
  • « Vous », quant à lui, concerne le destinataire associé à une ou plusieurs autres personnes.

Comme avec « il(s) » et « elle(s) », il peut être intéressant de faire vivre des situations d’énonciation par du jeu de rôle. Ainsi, on y voit beaucoup plus clair !

On

« On » peut avoir deux sens :

  • C’est un substitut de « nous » dans le langage oral, parfois transposé à l’écrit.
  • C’est un pronom personnel sujet indéfini : il permet de ne pas préciser qui est vraiment le sujet.

Là encore, les élèves en ont une utilisation plutôt spontanée. C’est d’ailleurs de là que peut découler l’erreur des élèves : « Ma petit soeur, mon cousin et moi (on) mangent des gâteaux. » (« mangent » et « mange » étant homophones). On ne s’y arrête que peu en conjugaison : à partir du moment où ils savent que ça se conjugue comme avec « il », il n’y a plus de problèmes. L’enjeu principal me semble être un enjeu de compréhension.

Des affichages illustrées en aide-mémoire

Au départ, après avoir vu tous ces éléments avec mes élèves, nous avions une leçon. Cette leçon, sous forme de texte ou de schéma guidant les choix, n’était finalement pas si efficace. Les élèves qui arrivaient à la comprendre n’en avaient pas vraiment besoin. Quant à ceux qui étaient en difficulté avec la notion, cet amas de mots ne leur étaient d’aucun secours.

J’ai donc décidé de recourir à des illustrations. J’ai sorti crayons, feutres et tablette, et voici le résultat :

  • « Je » est une petite fille qui parle.
  • « Tu » est le petit garçon à qui elle parle.
  • « Il » ou « elle » est une autre personne, qui n’est pas forcément là.
  • « Nous », c’est « je » et quelqu’un d’autre.
  • « Vous », c’est « tu » et quelqu’un d’autre.
  • « Ils » ou « elles », ce sont au moins deux autres personnes, qui ne sont pas forcément là.

En découlent six illustrations qui ont vraiment permis des progrès remarquables pour mes élèves en difficulté.

Les fichiers

Je vous les propose en affichage. Il existe quatre versions :

  • Un titre avec le personnage de « Réussir son entrée en grammaire » à colorier et les pronoms écrits avec un contour orange.
  • Un titre avec le personnage de « Réussir son entrée en grammaire » à colorier et les pronoms écrits avec un contour noir.
  • Un titre avec mon personnage à colorier et les pronoms écrits avec un contour orange.
  • Un titre avec mon personnage à colorier et les pronoms écrits avec un contour noir.

Vous retrouverez ces personnages dans mes affichages sur les natures des mots.

J’imprime sur du papier épais (160g) et je plastifie. Je découpe et j’affiche comme bon me semble (chaque pronom étant indépendant). Je reviendrai avec une photo dès que possible !

Les pronoms personnels - RSEEG - couleurs (1012 téléchargements) Les pronoms personnels - RSEEG - noir (372 téléchargements) Les pronoms personnels - couleurs (727 téléchargements) Les pronoms personnels - noir (340 téléchargements)