Il est grand temps que je partage cet outil merveilleux qui permet à nombre d’élèves de progresser à son rythme en production d’écrit. L’idée m’est directement venue d’Antoine Fetet, le papa de CLEO (édité chez Retz) que j’ai eu la chance de voir en conférence l’an passé, à l’occasion des changements de programme sans doute. Il traitait essentiellement de l’étude de la langue mais il lie cette étude directement à la production d’écrit.

Ecrire juste du premier coup

De mon côté, j’ai toujours pensé que mon Jogging d’écriture* quotidien était mon meilleur outil (à ce jour) pour faire progresser mes élèves tant en production d’écrit qu’en étude de la langue, puisque les acquis des exercices systématiques ne se transfèrent que rarement lorsqu’il s’agit de rédiger un texte. Il a dit quelque chose de très vrai, je trouve, surtout pour avoir eu des cycles 3 auparavant : On a pour habitude, en production d’écrit, de dire à l’élève d’écrire « comme il pense ». Puis on lui demande de se relire mais, à ce moment-là, il laisse plein d’erreurs ! Alors nous prenons le brouillons, nous corrigeons ou soulignons les erreurs et demandons à ce que l’élève réécrive son texte joliment, au propre. Qu’apprennent-ils alors vraiment ?

On comprend mieux pourquoi ensuite, la nécessité de comprendre et d’appliquer les règles de la langue écrite ne s’impose pas d’elle-même : pourquoi l’élève s’embêterait-il à apprendre des règles compliquées et à essayer de les appliquer alors qu’il sait déjà écrire et se faire comprendre par l’écrit. L’écriture phonétique est un pas important au début du cycle 2 mais ne devrait pas s’installer trop longtemps et les questions orthographiques/grammaticales devraient être abordées assez tôt.

Au CP, on se contentera peut-être de remarquer qu’on a souvent « eau » et « ot » à la fin des mots avec le son [o] final, qu’on met un « s » à la fin d’un nom quand il désigne plusieurs choses ou encore « nt » à la fin d’un verbe quand le sujet de l’action est plus d’une personne/chose, etc. On observe déjà, même si on n’impose pas d’écrire tout juste dès cet âge-là. Et puis, petit à petit, on demandera à l’élève de faire attention quand il écrit.

*Jogging d’écriture : rituel de production d’écrit quotidien où il s’agit de répondre à une consigne par quelques phrases.

Le passage à l’écrit

Ecrire une phrase ou un texte passe par trois étapes :

  1. L’idée : c’est là qu’entre en jeu la créativité de l’élève.
  2. La formulation : quand il s’agit d’un texte court, je demande aux élèves de dire d’abord leur phrase à l’oral, de la retravailler pour qu’elle ait du sens puis de la mémoriser.
  3. La rédaction : il s’agit d’écrire l’idée qu’on a eu, dans la forme qu’on a créé précédemment tout en respectant les règles de la langue écrite.

Je travaille la première étape par mon Jogging d’écriture mais aussi par des jeux. Quand on est face à un exercice de production d’écrit, je demande à quelques élèves s’ils ont des idées à partager, pour déverrouiller un peu ceux qui bloquent. J’en donne parfois moi-même quelques unes. On pourrait penser que les élèves s’enfermeraient dans les quelques propositions faites mais, de l’expérience que j’en ai, pas du tout. Le mieux est d’avoir soi-même pensé à plusieurs exemples très différents pour être sûr qu’ils partiront chacun dans le sens qui leur plait.

Pour la formulation, c’est surtout à l’oral que nous le travaillons. Parfois, sur des temps précis, j’exige que la réponse soit formulée par une phrase complète. Nous corrigeons aussi les structures des phrases produites à l’écrit lors du Jogging d’écriture.

Enfin, pour la rédaction, je suis assez classique : Jogging d’écriture (encore !) mais aussi tout autre exercice de production d’écrit. C’est lors de cette étape qu’entre en jeu le répertoire.

Un outil

A. Fetet a conçu, pour sa méthode CLEO, un petit répertoire orthographique. Il s’agit d’une sorte de mini-dictionnaire où les mots sont triés par thème, par nature et par ordre alphabétique. Ainsi, quand l’élève cherche à écrire, il peut d’abord regarder dans son répertoire. Si vraiment il ne trouve pas, alors il sortira l’énorme dictionnaire (de ce fait pas forcément pratique) ou me demandera. L’idée c’est de favoriser un écrit court mais de donner un outil à l’élève pour qu’il puisse écrire correctement du premier coup. Il restera bien sûr la question des accords et de la grammaire, mais j’y viendrai dans un prochain article.

Certains trouveront peut-être que c’est un frein à la créativité de l’enfant mais je répondrai qu’on peut travailler cette créativité de mille et une façons : l’art, la lecture, le cinéma, l’invention orale, les jeux, etc. Qui plus est, certains élèves bloquent complètement dès le début de l’exercice car ils s’interdisent de penser quoique ce soit qu’ils ne sauraient pas écrire : ils veulent bien faire et cette volonté les paralyse tant ils ont peur de l’échec. Cet outil leur donne les moyens de réussir même s’il n’ont pas mémorisé l’écriture de beaucoup de mots.

S’approprier l’outil

A. Fetet suggérait de réaliser des dictées avec le répertoire orthographique. Il dicte une phrase, en donnant des informations. Par exemple, s’il dicte « Les filles jouent. », il précisera que « les filles » sont plusieurs et que ce sont « les filles » qui jouent. Les élèves doivent être capables de retrouver le mot et de l’écrire correctement en réalisant les accords. On peut commencer par des phrases plus simples, au singulier, en fin de CP ou début de CE1, mais dès que la recherche dans le répertoire est devenue rapide et efficace, il vaudrait mieux corser un peu l’exercice.

Avec mes CE2 cependant, je n’ai pas réussi à trouver le temps, alors je leur ai distribué le répertoire un matin, en leur expliquant ce que c’était, afin qu’ils l’utilisent pour leur Jogging d’écriture. Et c’est avec surprise que j’ai constaté que les élèves s’appropriaient vraiment bien cet outil, d’eux-mêmes. Il leur arrivait, sur un temps en autonomie, entre deux activités, de le sortir pour le feuilleter, l’explorer.

Et puis, un élève en très grande difficulté (dysphasique, lecture niveau CP) s’est mis à faire quelque chose de très intéressant dans son cahier de travail personnel : en utilisant son répertoire, il a écrit des phrases librement, sans consigne. Ainsi, il a écrit de nombreuses phrases en deux semaines, le tout avec très peu d’erreurs (il a tout de même mémorisé bon nombre de règles de grammaire). J’en ai profité pour montrer son très bon travail à ses camarades en les encourageant à l’imiter. Je trouve que c’est une très bonne façon de gagner en aisance avec ce répertoire orthographique !

Mon répertoire orthographique

Puisque je n’utilise pas CLEO, et parce que j’avais en tête des thèmes en production d’écrit qui n’étaient pas couverts par ce répertoire original, j’ai décidé de faire le mien ! Il était grand temps que je vous le partage. Il s’agit d’une première version où il risque de rester quelques erreurs, soit dans l’ordre alphabétique, soit des coquilles laissées ici ou là. Je vous remercierai de bien vouloir me remonter toutes vos remarques à ce sujet.

Autre point : le répertoire est très gourmand en encre ! J’imprime en utilisant le mode « économie de toner » d’Adobe Reader mais il n’empêche que je trouve quand même ce répertoire excessif. Pour l’année prochaine, il faudra que je le refasse avec une mise en page moins gourmande. Cela dit, si vous cherchez des cartouches pas trop chères, j’ai enfin trouvé ces cartouches génériques qui étaient reconnues par mon Epson capricieuse (Color Direct a l’air assez fiable du coup, quelle que soit l’imprimante). Il fonctionnera aussi bien en noir et blanc cela dit (d’autant que les couleurs sont celles de mon école concernant les natures de mot).

Un outil à améliorer donc… et vos retours seront les bienvenus ! Si vous avez des idées de thème, des mots qui ne se trouvent pas dans le répertoire ou une quelconque observation à partager, n’hésitez pas.

Le fichier

Il s’agit d’un PDF A4 à imprimer recto-verso et à plier en deux. On agrafe au milieu et le tour est joué !

Personnellement, j’ai plastifié la première page histoire de rendre le tout un peu plus durable. On peut aussi l’imprimer sur du papier épais. Toujours est-il que la première page s’imprime à part.

Répertoire pour écrire

Les versions belges et suisses

Suite à de nombreuses demandes, j’ai accepté de réaliser une version belge et une version suisse concernant les nombres (septante et nonante + huitante pour nos amis suisses).

Répertoire orthographique belge

Répertoire orthographique suisse

Et après ?

J’ai encore prévu quelques articles avec différents outils : mon petit recueil pour analyser des textes et retrouver des règles, mon carnet de relecture. Et puis évidemment, je ferai un article sur le Jogging d’écriture à ma façon.

On m’a aussi fait connaitre le dictionnaire Eurêka de Jacques Demeyère qui propose une autre approche : une entrée par le son et non par la lettre. J’en ferai l’acquisition dès que possible et peut-être que cela influencera mon outil pour l’année 2017-2018. De plus, je tenterai de faire une version moins gourmande en encre et j’ai déjà en tête une ou deux idées qui me sont venues au fil de vos retours nombreux, pour lesquels je vous remercie beaucoup !

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