Beaucoup sont encore dans les réunions de rentrée. Si c’est trop tard pour vous, cela aidera peut-être pour les prochaines fois. Je vais essayer d’exposer mon propre programme. Mais au lieu de vous le lancer comme ça, de but en blanc, et même si je sais que beaucoup iront directement au paragraphe « le contenu » et se débrouilleront par eux-mêmes, je vais tâcher de partager aussi ma modeste expérience en matière de réunion de rentrée.

Contexte

J’en ai connue des vertes et des pas mûres… et mes collègues aussi ! Comme on se partage nos expériences, mon attitude lors de ces réunions et ma réflexion professionnelle en sont fortement imprégnées. J’ai connu des réunions catastrophe avec un ou deux parents « militants » (en fait, carrément hystériques parfois) qui te hurlent dessus parce que leur enfant est traumatisé, ou que tu es trop dure, ou pas assez, ou que tu vas trop vite, ou pas assez. J’ai connu des réunions paisibles où les parents, en bons élèves, prenaient des notes sans trop intervenir. J’ai connu des réunions imprégnées de l’inquiétude des parents (surtout quand on arrive dans une école, ou qu’on a un double-niveau, ou encore quand ils ne t’ont jamais vu sur ce niveau parce que tu viens de changer). J’ai aussi entendu parler des réunions à 3 parents qui semblent se multiplier (je croise les doigts pour cette année).

Bref, il n’y a jamais deux réunions qui se ressemblent ! On a beau tout préparer, il faut être prêt à tout ou, à défaut, ne pas trop se laisser déstabiliser. Le mieux, c’est encore d’avoir de quoi dire, de savoir ce qu’on a à dire et d’éviter les dérives. On ne parle pas de cas individuel, on donnera les dates ou les informations qui nous manquent ultérieurement et on essaye de ne pas trop se disperser.

Choisir le « bon moment »

Au tout début de ma carrière, je plaçais cette réunion très tôt. « Comme ça c’est fait » me disais-je. Ça peut probablement fonctionner dans une école où l’on est bien installé, où les parents nous connaissent et où les risques de surprises sont limités. C’était aussi parce que je voulais tout de suite que les parents sachent comment ça fonctionne pour se faire l’écho de ce fonctionnement à la maison. J’ai fini par accepter que ça n’avait pas forcément l’effet escompté.

Au final, je trouve que ce n’était pas le bon plan pour de multiples raisons… comme par exemple :

  • Il vaut mieux rencontrer les parents « difficiles » (demandez aux collègues au pire) avant, afin d’éviter les éclats de voix pendant la réunion ou les dérives « cas individuels ».
  • Tous les projets ne sont pas encore bien au point, il y a des intervenants à rencontrer, des demandes d’accès à des salles en cours, des demandes de spectacle, la réunion piscine qui n’a pas encore eu lieu, etc. Bref, la rentrée, ce n’est pas que le premier jour de septembre mais bien un mois de préparation de l’année !
  • Au courant du mois de septembre, il n’est pas rare de se dire « Mince ! J’ai oublié de demander des pochettes pour les classeurs. » ou alors « Zut ! Le fournisseur est en rupture de stock de cahiers de brouillon ! ». Se laisser un peu de temps, c’est aussi prendre le temps de prendre en main sa classe matériellement. Les parents accepteront plus facilement qu’on demande un rab de matériel de vive-voix que par un mot (mais il ne faut quand même pas trop attendre car les promos de rentrée se finissent avec le mois assez souvent).
  • En début d’année, les élèves sont parfois un peu largués, le temps de s’habituer à notre façon de faire et nous sommes parfois encore dans le flou quant au profil de notre nouvelle classe à laquelle nous devons encore nous adapter. Du coup, ce sont des parents inquiets qui arrivent en tout début d’année, et des parents déjà plus paisibles fin septembre.
  • Sur les deux premières semaines, il n’est pas rare de voir sauter une séance de musique, d’arts, d’anglais ou encore d’EPS, tout simplement parce que le cadre a besoin de temps pour être posé. Afin d’éviter les accusations du type « Vous ne faites pas d’EPS ! Pourtant, c’est au programme ! », autant avoir eu le temps de tout lancer un petit peu.
  • Dans le même ordre d’idée : il est préférable d’avoir rencontré les collègues du RASED afin de connaitre un minimum son fonctionnement.
  • Les parents doivent déjà courir à droite à gauche pour acheter le matériel, prendre RDV chez l’orthophoniste, l’ergothérapeute ou encore le graphologue, le psychologue ou que sais-je… il vaut mieux ne pas tout leur mettre d’un coup !
  • etc, etc.

Cela étant, c’est franchement à la discrétion de chacun. Ma position est celle du moment, depuis quelques années, mais évoluera encore surement au fil de ma carrière, de ma façon de faire, des mes élèves, de mes changements d’école, etc. On peut par exemple juger plus pertinent de se rencontrer très vite quand on arrive dans une école pour que les parents ne restent pas dans le flou trop longtemps, et ça se justifie très bien aussi !

Préparer le terrain

Préparer le terrain, c’est d’abord préparer son année : quels projets auront lieu ? quels projets espérez-vous lancer ? quels sont les projets habituels de l’école ? Rencontrer les intervenants, planifier à peu près tout ça. On ne peut pas toujours avoir toutes les réponses et on est parfois obligés de différer la réponse, auquel cas il vaut mieux, selon moi, être toujours honnête et ne pas essayer de fournir une réponse approximative. Cela dit, les parents sont à la recherche de concret. La plupart du temps, ils sont avant tout inquiets et soucieux de voir leur enfant passer une bonne année. Leur apporter des éléments précis les rassurera.

En fait, du point de vue de beaucoup de parents, l’enjeu principal de cette réunion est plus d’établir une relation de confiance que d’apporter des informations. Les informations sont un moyen mais elles devront, de toute façon être doublées d’un mot quelques semaines ou jour avant chaque sortie, initiative ou projet. Là encore, c’est à nuancer parce qu’on tombe parfois sur des parents « élèves » qui notent tout ce que vous dites dans un petit calepin et s’en feront un planning annuel accroché au frigo pour ne rien oublier ! Certains sont aussi réellement très préoccupés par la préparation de l’année et le pratique : est-ce qu’il faudra des chaussons pour la gym ? Est-ce qu’il faudra des parents pour la piscine ? Sur quelles dates ? etc.

Autre point de cette préparation : les élèves difficile et/ou les parents difficiles. Je sais qu’un parent est particulièrement vindicatif ou même juste anxieux ? Je préfère le rencontrer ou poser un rendez-vous avant la réunion pour pouvoir le rassurer, lui montrer que je me suis déjà renseignée, que j’ai suivi « le dossier », lui présenter ce que je mets en place pour son enfant, lui assurer un moment à lui et anticiper les problèmes plutôt que d’attendre qu’ils éclatent. De même pour les élèves aux difficultés importantes (de comportement ou d’apprentissage) pour lesquels j’aime lancer « la machine » avant de faire ma réunion. Aux mots, les parents pourront déjà associer des actes ce qui apportera du crédit au discours. Inutile pour autant, selon moi, d’aller à l’extrême inverse avec une réunionite aiguë, de rencontrer tous les parents ou de remplir nos semaines de rendez-vous creux qui ne portent rien de concret.

En bref, j’essaye de me préparer un maximum avant de me lancer. Cela dit, je crois que c’est la première année où je me sens à peu près au point (je n’ai pas pu faire et préparer tout ce que je voulais)… et il n’est pas dit que je ne tomberai pas des nues dans quelques jours !

Préparer la classe

Je préfère éviter de présenter une classe vide. Alors, je veille à ce qu’il y ait un minimum : les règles de la classe au moins, l’alphabet au-dessus du tableau, un ou deux affichages de grammaire/maths par exemple. Bref, je montre une partie de mes outils et qu’on est déjà au travail par la même occasion.

De même, je demande aux élèves de mettre leurs cahiers en pile bien ordonnée sur leur bureau. Ça permet aux parents de les consulter même si mes cahiers du jours sont déjà rentrés quelques fois. Je n’hésite pas à vérifier les classeurs avant tout de même, car c’est un outil avec lequel les élèves ont parfois un peu de mal en début d’année et qu’une petite vérification ne leur fait pas de mal. Ça me permettra aussi de voir quels sont les élèves que je devrai un peu aider au début de l’année.

Au tableau, j’écris le « plan » de la réunion de manière assez classique. Certains pourraient vouloir s’essayer au Powerpoint (qui en met plein les yeux) mais je n’ai encore jamais trouvé le temps d’en réaliser un ! L’année prochaine peut-être.

Le contenu

Dans notre école, la réunion commence par un temps commun à plusieurs classes où la directrice s’exprime pour l’école : règlement, horaires, absences, projet éventuellement, etc. On rejoint ensuite nos classes. Quand il y a des frateries, on essaye de faire au mieux pour éviter que les parents aient à se dédoubler.

Le contenu de ma réunion est, au final, assez classique :

  1. Quand je suis nouvelle sur l’école : je me présente moi-même (jamais d’âge, d’années d’expérience ou d’éléments de ce genre mais un petit topo sur mon expérience passée par exemple)
  2. Introduction de la réunion : pas de cas individuels, possibilité d’intervenir, plan
  3. Présentation de la classe, son effectif, son « profile », grandes lignes directrices de mon action (points essentiels du programme en lien avec le projet d’école, objectifs, gestion de l’hétérogénéité de la classe ou du double-niveau, etc.), les intervenants et AVS
  4. Présentation du « système de comportement », règles de la classe, importance et utilisation du carnet de liaison, etc.
  5. Présentation sommaire du programme de français et maths mais aussi rapidement des autres disciplines
  6. Organisation générale des apprentissages : emploi du temps, activités rituelles, matériel, « devoirs »*
  7. Présentation des projets et actions de la classe sur l’année avec quelques précisions pratiques
  8. Évaluation

Je change parfois l’ordre mais les grandes lignes sont celles qu’on retrouve dans pas mal de préparation de réunion de rentrée.

* Je compte préparer un petit document recensant l’essentiel de mes méthodes pour réviser que je donnerai aux parents présents afin de permettre à tous d’accompagner leur enfant dans l’apprentissage des leçons, poésies, etc. Je le mettrai dans mon article avec mes leçons de Méthodologie prochainement. Il ne s’agit en aucun cas de tout faire reposer sur les « bons parents » mais de transmettre la même information que celle donnée aux élèves.

Mes documents

Je fournirai un certain nombre de documents aux parents lors de ma réunion. Il s’agit de petit mémo ou d’informations importantes. Le genre de document qu’ils pourront conserver toute l’année ou afficher sur le frigo !

Un livret de « méthodologie » qui résume les grandes lignes de mes leçons « pour travailler à la maison ». L’idée, c’est d’informer les familles sur les méthodes que nous utiliserons en classe. Vous trouverez ce document dans l’article dédié.

Je fournis aussi un petit « dépliant de la rentrée », un document à imprimer en A4 recto-verso avec les informations importantes de la rentrée :

  • procédure pour absence
  • procédure pour quitter l’école en dehors des horaires prévus
  • contacter la maitresse, prendre RDV
  • les dates importantes
  • les projets de la classe
  • etc.

Libre à vous d’adapter !

Dépliant de la rentrée (666 téléchargements)

Il s’agit d’un fichier word modifiable. Il vous faudra les polices The Girl Next Door, Ruluko, Delius et Pere Castor (lien direct pour Père Castor, on trouve ce fichier sur le site de Lakanal).

Questionnements

Bien qu’il soit déjà un peu tard pour changer de voie à quelques jours de la réunion, je me questionne encore beaucoup sur ses modalités. La question du jour et de l’heure reste importante, mais il y a aussi son organisation :

  • Temps collectif ou pas en début (avec la directrice par exemple) ?
  • A maintenir ou pas quand on voit qu’il y a une très faible présence des parents sur l’école ? A remplacer par quoi ?
  • Comment la rendre plus attractive ?
  • Comment la rendre plus interactive et donc moins ennuyeuse peut-être ?

Et ça dérive sur la relation avec les parents, leur place dans l’école, leur investissement, leur possibilité et/ou leur envie d’y être acteur, etc. J’ai parfois, dans mes moments les plus sombres, l’impression que « beaucoup s’en fichent complètement » mais au fond, je sens que c’est aussi en partie parce que nous devons nous adapter et réussir à faire revenir les parents vers l’école. Nous n’avons assurément pas toutes les cartes en main, mais nous en avons sans doute encore à jouer ! Reste à savoir comment…

Bref, c’est un sujet qui n’a pas fini de m’interroger !

Image issue du site Freepik.com