Ce sont les vacances, et beaucoup se questionnent. Je pense notamment à cette nuée de « débutants » que je vois souvent, dans leurs premières années, songer à démissionner, à se réorienter, qui commencent déjà à croire que ce métier n’est pas pour eux, qui pensent qu’ils n’y arriveront jamais (ou dans trop longtemps). J’y suis moi-même passée pour être tout à fait honnête. J’ai eu droit aussi à cette époque où on se sent bien seul(e) face à notre classe et où même notre hiérarchie ou ses conseillers nous semblent bien peu à même de nous soutenir concrètement. Je ne dis pas qu’il faut se forcer quitte à y laisser des plumes, mais je pense qu’il faut au moins se donner un peu de temps. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas et aujourd’hui je suis ravie de ne pas avoir baissé les bras.

Mon but ne va pas être, ici, de me poser en donneuse de leçon. C’est malheureusement toujours assez difficile de prétendre partager son expérience sans donner l’impression de vouloir dépasser la limite. Je préfère donc préciser en introduction que tous ces « conseils » que je donne ne sont, en réalité, que le partage de ma propre expérience. Je n’ai aucunement la prétention de tout savoir sur le métier, ni de tout savoir sur tous ceux qui débutent (ou débutent un peu moins)… en fait, je crois même que je ne sais pas grand chose en dehors de ce que j’ai vécu moi-même ! Mes conseils ne répondront peut-être qu’aux questionnements de certains et taperont probablement à côté pour d’autres : mais si je ne peux aider ne serait-ce qu’une infime partie de ceux qui, à l’occasion de ces vacances, ont envie de se poser et de réfléchir à leur pratique ou ceux qui, après sept semaines de rush commencent à se poser beaucoup de question, alors je n’aurai pas publié pour rien !

N’hésitez pas à réagir, à partager vos pratiques ou vos expériences en commentaire, à expliquer votre position sur un thème ou un autre ou encore à donner vos conseils à ceux qui débutent.

Contexte

J’ai débuté dans des écoles où la mixité était/est en voie de disparition, dans des quartiers ou citées à la périphérie d’une grande ville. Les logements sociaux s’y multiplient et y sont construits de manière industrielle pour abriter la population croissante de la ville. Je ne serais pas étonnée d’apprendre que le nombre de classes y a plus que doublé sur les 5 dernières années. On y trouvait des familles nombreuses, souvent débordées, dont l’investissement variable s’exprimait de mille et une façon (plus ou moins virulente ou coopérative). Les débutants (PES, T1 et T2 essentiellement) y sont envoyés puisque c’est aussi l’exode des « anciens » qui s’opèrent au fur et à mesure que le « paysage social » évolue. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés par des personnes expérimentées mais des « p’tits jeunes » qui débarquent par dizaines chaque année. Chaque année, des T1 y obtiennent un post définitif sans difficultés au premier mouvement. Bref, le genre de ville, de quartier ou d’école où beaucoup de débutants doivent se reconnaître j’imagine.

Au final, des débuts difficiles, des crises de nerfs, beaucoup de fatigue, d’inquiétude, de temps passé à accompagner les familles, à préparer, à différencier, à conseiller, à consoler parfois… le tout accompagné de la montagne de paperasse qu’on demande aux débutants pour être bien sûr qu’ils travaillent et qu’ils le font correctement (comme si c’était un gage de qualité…).

Si vous vous reconnaissez un peu dans ce milieu, mon expérience pourra peut-être (en tout cas je l’espère) vous être profitable (en tant qu’invitation à réfléchir et non comme un guide à suivre au pied de la lettre). Il s’agit d’ailleurs souvent de conseils que m’ont donné des collègues bienveillants et plus rodés que moi qui n’ont pas hésité à m’épauler dans les moments les plus difficiles. Je partage simplement.

Mes 10 conseils pour débuter plus sereinement

Déculpabiliser, relativiser

La nouvelle génération de professeurs est globalement convaincue d’une chose : la pression est nocive pour les enfants et leurs apprentissages. Elle nourrit l’anxiété et les rends moins performants. Ce que peu semblent réaliser (moi y compris dans mes premières années, et encore parfois aujourd’hui), c’est que c’est aussi valable pour nous. Accepter qu’on débute, c’est aussi accepter qu’on ne sait pas tout mais surtout accepter qu’on ne peut pas tout savoir, tout réussir, tout faire aussi bien qu’on ne l’espérait. Je vous dis ça alors qu’encore cette année, je fulminais contre moi-même parce que je n’arrivais pas à tout faire aussi bien que je le voudrais à cause d’une charge trop importante de travail occasionnée par un retard de livraison. C’est dire comme je suis consciente qu’il est difficile de se montrer tolérant envers soi-même.

C’est d’autant plus difficile jusqu’à l’année de T2 au moins, que les visites se multiplient et que quels que soient les efforts de bienveillance affichés par les CPC, les PEMF ou encore l’inspecteur, on en retient globalement qu’on n’en fait pas assez : on ne prépare pas assez, on ne se documente pas assez, on ne différencie pas assez. Si certains ajoutent « et c’est normal », peu semblent le présenter ainsi. Si vous avez la chance d’avoir un PEMF ou un CPC qui semble faire preuve d’une bienveillance sincère, n’hésitez d’ailleurs pas à lui parler de ce problème. N’allez pas jusqu’à l’accuser peut-être, mais dites-lui que des nombreuses visites auxquelles vous êtes soumises, vous avez surtout tendance à retenir que vous n’en faites pas assez alors que vous sentez bien que vous êtes déjà au maximum, au moins niveau temps accordé. Cela lui permettra d’une part de mieux communiquer, d’autre part de vous aider plus concrètement en vous apportant des méthodes de travail (ou au moins des pistes) pour être plus efficace.

En tout cas, même s’il est vrai que nos premiers élèves sont aussi souvent des cobayes, relativisez. Ce n’est pas parce que votre séance de découverte n’a pas permis d’atteindre les objectifs visés que vos élèves seront perdus à vie. Notez bien que nous avons tous (nous professeurs mais aussi nos amis) appris avec la méthode traditionnelle et que nous nous en sommes sortis. Alors avec vous qui en faites souvent bien plus (ou en tout cas autrement), qui différenciez, qui vous donnez tant pour les élèves en difficulté, vos élèves s’en sortiront aussi. Rappelez-vous d’un professeur, d’une matière quelconque, avec qui vous pensez que vous avez mal appris, dont la méthode ne vous correspondait pas. Cela vous a-t-il vraiment handicapé de manière irrémédiable et éternelle ? Je me rappelle que j’ai appris à lire très tardivement en CP, l’occasion de nombreuses crises de larmes d’ailleurs. Aujourd’hui, j’engloutis des pavés qui me surprennent moi encore, qu’il s’agisse de roman ou de lecture moins divertissante et plus sérieuse. Bref, relativisez : vous n’allez pas gacher l’avenir de vos élèves, vous ne pourrez que leur apporter du plus, du mieux, même un peu !

Lever le pied

Ha ha ! Elle est bonne celle-là ! J’en suis encore moi-même très difficilement capable. Jusqu’à mon inspection d’ailleurs, j’en étais très difficilement capable. Pourtant ça fait un bien fou quand j’y parviens, vous devriez essayer. Et ça nous rend d’autant plus performant quand nous travaillons qui plus est ! Alors, c’est tout bénéf’, pas besoin de culpabiliser.

Tout d’abord, il faut dormir. On vous tanne sur vos préparations, on vous demande deux à trois fiche de prep’ par jour minimum, un cahier journal exhaustif, et vous vous couchez entre minuit et 2h du matin minimum, vous tenez parfois des semaines à coup de 5h de sommeil. Au final, c’est contre-productif. D’abord, pensez à votre santé. Des études sérieuses montrent qu’en dessous de 7h de sommeil, votre cerveau subit des séquelles irrémédiables. En plus de votre bien-être, pensez bien que la retraite n’est pas pour demain et que votre cerveau est votre outil principal alors soignez-le pour qu’il tienne dans la durée. Comme ça, même si vous êtes du genre super-investis et (trop) consciencieux, vous n’avez plus d’excuses : la nuit, il faut dormir ! Ajoutons que si la préparation est importante pour être prêt devant se classe et éviter les temps de flottement, les détours inutiles, les séances inefficaces, notre métier demande tout autant de réactivité. Ce qu’il faut aussi, et surtout, c’est se montrer réactif. En effet, les élèves lancent sans cesse des petites phrases anodines en apparence ici et là, des petites phrases qui témoignent de leurs questionnements. C’est en détectant ces phrases et en y réagissant que vous enseignerez le mieux car vous partirez de leurs représentations pour répondre à leurs questionnements. C’est là que les élèves apprennent le mieux, et l’écart entre une situation standard « imposée » et une situation improvisée à partir d’une question d’élève est vraiment très important. C’est quelque chose qu’on arrive à faire de mieux en mieux au fur et à mesure des années mais quoiqu’il en soit c’est une compétence qui nécessite d’être en forme !

Ensuite, quand vous êtes malade, il faut se soigner. J’ai déjà poussé le vice jusqu’à finir aux urgences à cause d’une bête angine que j’ai trop fait traîner. J’ai déjà fini alitée pendant une semaine à cause d’une petite infection qui aurait pu se soigner plus vite si elle avait été traitée immédiatement. Qu’y ai-je gagné à part d’atroce douleurs et une semaine de perdue pour mes élèves ? On pense souvent, au début surtout, qu’il ne faut surtout pas manquer car on pense aux conséquences : je vais être retardée dans ma programmation alors que je suis déjà en retard, on ne finira pas le programme, les élèves seront en retard l’année prochaine, je vais devoir passer des jours à courir pour rattraper, j’avais passé tellement de temps à tout préparer et là tout sera compromis… et on dramatise un brin ! Au final, au lieu de manquer deux jours pour se soigner, on en manque plus. Ce qui m’est arrivé le plus ? Les extinctions de voix. C’est tellement bête et là encore, à force de pousser un peu trop, nos cordes vocales pourraient bien ne jamais se remettre entièrement. Alors maintenant, quand ça ne va pas : je vais chez le docteur et je me soigne ! Et s’il me dit : prenez du repos, je prends du repos.

D’ailleurs, le repos, ce n’est pas que rester à la maison. Parfois, on est vraiment trop fatigué, on ne supporte plus grand chose niveau bruit, niveau réponses, niveau bêtises, on perd patience parce que les élèves ne suivent pas (alors qu’en fait, c’est très probablement nous qui expliquons moins clairement), bref, on s’agace et ça finit mal. Dans ces moments-là, il faut aussi savoir lever le pied. Deux à trois fois dans l’année, il peut m’arriver d’être dans cet état. Alors, là aussi, il faut lever le pied. Moins de travail en groupe peut-être, ou plus s’ils sont autonomes et calmes dans ce contexte, moins de situation « énervante », plus d’autonomie mais aussi moins de préparation. C’est important de savoir se ménager de temps en temps. On nous parle souvent, à l’IUFM (ou ESPE) de l’importance d’alterner les dispositifs dans le but de favoriser les apprentissages, mais il faut aussi prendre en compte l’état de fatigue de la classe, et, ça on nous le dit moins souvent, le nôtre !

S’organiser, se limiter

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’avec le temps, on travaille forcément moins. Ça dépend de beaucoup de chose : changement de niveau, de programme, de matériel (manuels notamment), d’école, envie d’approfondir un point, puis un autre. Je suis de celles qui n’arrêtent pas de refaire dans le but de faire mieux. Je ne pense pas que ce soit un mal, à condition de s’organiser.

Dans une année, je me fixe des objectifs : cette année, je vais essentiellement approfondir français et mathématiques ; l’année d’après, je me pencherai sur sciences/histoire/géo ; l’année suivante, je me pencherai sur l’anglais. On ne peut pas tout faire en un an ! Pour ce que vous n’approfondissez pas, penchez vous sur les guides du maitre, appuyez-vous sur des manuels ou des méthodes, fouillez un peu sur la toile pour voir ce que font les collègues. Bref, absolument personne ne peut tout faire soi-même dès la première année, ni la deuxième d’ailleurs ! Ce n’est pas parce que ce n’est pas vous qui l’avez fait que c’est forcément mauvais. On nous déforme pas mal, à l’IUFM (ou ESPE) en nous faisant faire la critique de méthodes de manière systématique, sans forcément nous inviter à utiliser ces supports. On nous dit, finalement : « Bon y’a une vingtaine de choses qui ne va pas sur cette double-page mais utilisez les manuels surtout ». Comment le faire alors que tout tend à nous convaincre du contraire ? Je sais combien c’est difficile mais, une année, je me suis forcée à suivre une méthode en mathématiques, et même si je n’étais pas d’accord avec tout, même si parfois, après coup, je me suis rendue compte qu’il y avait mieux à faire, il n’empêche que j’ai beaucoup appris et que mes élèves en sont sortis avec d’excellents résultats. Il ne faut pas oublier que ces méthodes ont souvent été construites par des enseignants expérimentés.

Ensuite, il faut se fixer un temps pour travailler, et un temps pour ne pas travailler. Personnellement, je fais beaucoup de route, donc j’ai fini par arrêter de trop travailler le soir car mes journées seraient trop longues sinon et je n’aurais pas mon quota de sommeil. Je prépare donc ma semaine le weekend et ne me laisse que de petites choses pour la semaine (des étiquettes à manipuler pour jeudi, une fiche de lecture, pas beaucoup plus). Je fais mes corrections tous les jours, à midi, et les cahiers rentrent le vendredi à la maison : comme ça, je suis tranquille là-dessus. Ce n’est pas le fonctionnement parfait, c’est celui qui me va. A vous de vous poser des limites, de savoir ce que vous faites et quand. Nous sommes comme les enfants : ritualiser l’activité nous économise beaucoup. Il n’y a pas besoin, chaque semaine, de perdre du temps à savoir quoi faire et quand le faire. Je parlerai de mon « Bullet Journal » à l’occasion mais j’avais déjà partagé un article sur le sujet sur ma page Facebook. C’est un outil utile pour éliminer, petit à petit, ou reporter ce qui est moins urgent !

Ritualiser

J’ai déjà utilisé ce terme pour les préparations, mais il n’y a pas que là ça aide. Ritualiser son temps de classe est essentiel selon moi. D’abord, les élèves les plus en difficulté ont souvent du mal à se repérer dans le temps, à savoir quel jour on est, ce qu’on va faire avant la récréation, après. Et on a beau le dire tous les matins, ils oublient en cours de route. Du coup, si vous faites tout le temps la même chose au même moment, vous leur permettez de gagner en autonomie mais aussi en sérénité. En général, vers novembre/décembre, je n’ai même plus besoin de dire « sortez votre cahier de mathématiques » après la récréation, ils le font tout seul dès qu’ils entrent en classe. Et qu’est-ce qu’on gagne en tranquillité : adieu les « et qu’est-ce qu’on va faire après maitresse ? » toute l’année !

Mais là où on y gagne aussi, c’est quand on prépare sa semaine ! Je n’ai que peu besoin de mon cahier journal car je connais très vite mon emploi du temps. Je n’ai plus qu’à préparer les grandes étapes de mes séquences puis à les répartir. Définir ce que je ferai dans ma semaine ne me prend pas plus d’une demi-heure car j’ai bien préparé en amont. De même, j’ai réalisé mes programmations en terme de semaines et non de période. Je sais donc précisément le temps dont je dispose pour traiter tel ou tel point ou les points que je devrais traiter sur cette semaine. Parfois, j’équilibre en faisant plus d’un thème et moins d’un autre sur deux semaines, en fonction des besoins de mes élèves. J’écris tout cela sur une seule page qui représente ma semaine en un tableau. Vous trouverez tout ça dans mon « carnet de bord » que j’ai mis à disposition. Bref, le fait d’avoir d’un part préparé ma programmation en semaines et d’autre part préparé un emploi du temps très ritualisé me fait gagner un temps fou ! Cela dit, quand on débute ou quand on débute sur un niveau, cela peut prendre du temps de trouver son emploi du temps « idéal » et je n’ai moi-même pas trouvé encore pour mes CE2 cette année car j’ai découvert de trop grosses lacunes en lecture de problème que mon emploi du temps ne permettait pas assez de travailler. Je réfléchis donc encore sur le sujet !

Observer ses élèves, les laisser faire

On manque trop souvent de temps pour prendre du recul. D’ailleurs, on aimerait bien pouvoir s’observer soi-même (quoique je l’ai fait avec une vidéo, c’est assez difficile à supporter en vérité :P). Toujours est-il qu’on a tendance à nous dire que l’enseignant doit toujours être là, actif. En vérité, je pense que c’est en partie contre-productif. Je pense notamment aux travaux de groupe. Lorsqu’on apparaît, on biaise le travail : les élèves commencent à nous parler à nous, plutôt qu’à parler entre eux ; les élèves cherchent « la bonne réponse » au lieu de chercher à résoudre le problème ; les bons ont tendance à plus se montrer, les mauvais à se cacher ; les élèves deviennent parfois passifs, à attendre notre aide ; on a tendance à orienter la recherche et parfois, on les prive de détours riches en apprentissages. J’ai aussi cette année des élèves qui n’osent pas, qui s’inhibent complètement (notamment au niveau de la lecture) en présence d’un adulte. Du coup, j’aime bien les mettre au travail et les regarder faire. Cela me permet d’apprendre à les connaitre, à observer comment ils apprennent, à comprendre leur fonctionnement, leur logique, leur approche, pour ensuite m’en saisir ! Il arrive même que je n’intervienne pas du tout pendant une vingtaine de minutes et que je ne fasse que le tour pour observer et voir où ils en sont. Au final, en fin d’année, je ne sers éventuellement qu’à donner un petit coup de pouce pour ceux qui coincent, ou à apporter des petites connaissances en marge à ceux qui s’orientent vers des thèmes que je n’aurai pas le temps d’aborder avec tous.

Travailler l’autonomie

Qu’on soit en niveau double ou simple (quoique j’aurais tendance à dire qu’un niveau simple, ça n’existe pas), l’autonomie nous sauvera tous ! D’abord, les élèves, car plus ils grandiront et plus ils en auront besoin. Le saut dans le grand bain du collège est souvent difficile car ils manquent encore d’autonomie, ou plutôt, ils manquent de méthodes et n’arrivent pas à transférer leurs automatismes dans un nouveau contexte. Il faut donc leur apprendre à être autonome, mais aussi à développer des méthodes et des outils pour l’être vraiment, même hors du contexte de la classe.

En ce sens, j’ai préparé cette année des leçons de méthodologies pour mieux apprendre à la maison et expliciter ce qui est attendu d’eux en classe. Cela dit, ça ne suffit pas ! Il faut qu’ils sachent pourquoi ils font ce qu’ils font et pourquoi les consignes sont ce qu’elles sont. Par exemple, je leur donne le droit de discuter un peu entre deux activités, lorsqu’il faut ranger le matériel et sortir le nouveau. Cela dit, je ne leur autorise qu’à condition qu’ils soient efficaces. Je fais donc un décompte avec les doigts et ils doivent finir avant que je sois arrivé à zéro. S’ils arrivent avant, je les félicite, s’ils n’y arrivent pas, je rappelle qu’il est important d’être efficace même si on parle en même temps, et que ma consigne doit être plus importante que la discussion en cours : sinon, il faut parler moins. C’est important pour le collectif, pour que tout le monde n’attende pas deux élèves un peu trop bavards et que tout le monde puisse apprendre. A la fin de l’année, je n’ai plus besoin de compter, et souvent même bien avant (c’est déjà le cas la plupart du temps avec ma classe cette année). Une CPC m’avait parlé de ça en terme d’autonomie temporelle. Ils doivent apprendre à gérer leur temps. C’est aussi valable quand on donne une activité en autonomie : vous avez « X minutes », et préciser quelle heure il sera, où sera l’aiguille sur l’horloge. Si on rajoute du temps, il faut préciser pourquoi. Si c’est parce qu’ils étaient dissipés, il faut recadrer et le leur préciser. Si c’est parce que ça semble plus pertinent, il faut le dire aussi.

L’autonomie matérielle se construit dès le début de l’année. Je mets toujours le même matériel dans le sac (à part le cahier de poésie) et la ritualisation de l’emploi du temps fait gagner en autonomie pour les élèves. Comme il y a dictée le mercredi, ils savent qu’ils doivent emmener leur cahier du jour le mardi soir pour réviser une dernière fois, par exemple. Très vite, pour qu’ils gagnent en autonomie, il faut laisser de l’espace et du temps aux élèves pour s’approprier le matériel. Au bout de quelques semaines, je ne suis plus celle qui indique le matériel à sortir : je demande à un élève de le rappeler. Et puis, petit à petit, je ne précise même plus. Je vérifie tout de même que personne ne m’écrive dans le mauvais cahier, même s’il y a des loupés en début d’année ! De même, lorsqu’on utilise le manuel de français, je n’indique plus la page. Je donne le titre et je les fais chercher dans le sommaire. Ainsi, ils apprennent à se repérer dans un livre sans qu’on ait besoin de leur dire la page. On travaillera aussi les index à l’occasion des exposés.

L’esprit d’initiative est un autre élément qui nourrit l’autonomie. A chaque exercice d’entrainement donné, on lit la consigne, je la relis avec fluidité pour une meilleure compréhension, je fais reformuler, je fais un exemple ou plusieurs. Nous lisons ensuite toutes les phrases, ou le texte, et expliquons son contenu pour être surs que rien ne bloquera la compréhension. Ensuite, les élèves posent leurs questions. Ce n’est que lorsque je dis « Allez-y » qu’ils peuvent commencer. A partir de là, s’ils ne savent pas, ils doivent chercher tout seul. C’est assez dur, parce qu’il faut d’une part se retenir de répondre aux questions intempestives (en général, je me force à faire autre chose, pour leur montrer que je suis occupée et que je ne leur donnerai pas la réponse et quand un élève insiste, je lui réponds « où peux-tu chercher ? as-tu relu la consigne ? » etc.). C’est aussi difficile parce qu’au début de l’année, parfois, les élèves ne feront pas tout l’exercice mais à partir du moment où c’est un exercice qui a été choisi parce qu’il était faisable par tous (pour peu qu’ils sachent où chercher la consigne, les aides), ça devrait bien se passer ! Il est nécessaire de laisser du temps et de l’espace à l’esprit d’initiative pour qu’il émerge. Chaque fois qu’on donne une réponse, chaque fois qu’on reformule une nouvelle fois pour celui qui n’a pas écouté au début, ou celui qui n’a pas été attentif, alors on lui dit qu’il a raison de faire ainsi, de ne pas se mobiliser immédiatement et on l’empêche de découvrir ses propres ressources (et de les nourrir). C’est en tout cas mon avis. Petit à petit, on observe des élèves de plus en plus capables de lire des consignes seuls, de trouver en eux ou autour d’eux les ressources dont ils ont besoin, etc. Il peut être intéressant de doubler cette posture à des phases explicites d’apprentissage de la lecture de consignes, sur les outils qui sont présents dans la classe, etc.

Réfléchir à sa posture

Ce qui m’a le plus frappé sur mes premières années, c’est à quel point nous sommes un modèle pour les élèves. Je m’en étonne encore aujourd’hui régulièrement. Ça touche tous les points : je porte un serre-tête, une élève revient la semaine d’après avec le même et avec fierté ; je dis que j’aime le bleu et toutes les filles se mettent à revoir leur position sur cette couleur ; je me montre tolérante, ils deviennent tolérants les uns avec les autres ; je dis que j’adore un livre et la moitié de la classe veut l’emprunter. J’en parle déjà dans mon article concernant la gestion des comportements.

Cela dit, de nombreuses autres questions se posent, et il est plutôt rassurant et stabilisant de s’être posé la question au départ : Comment je m’habille ? Quel niveau de langage j’utilise ? Puis-je m’autoriser quelques mots familiers ? Dans quelle mesure ? Et pour les élèves, quel registre est exigé ? A quel âge ? Doivent-ils vouvoyer ? Quelle type de musique écoutons-nous ? Quels types de films ? Quel équilibre trouver entre ouverture à la culture au sens large et la culture populaire dans laquelle ils baignent déjà ? Quelle place pour le sens de l’humour ? L’autodérision ? Est-ce que je suis une maitresse cool ? rigolote ? directrice ? exigeante ? Nous voulons tous être une certaine maitresse (ou un certain maitre) et dès que nous avons su ce que nous voulions être plus tard, nous avons créé une image de ce que nous serions… Et en fait, il est très rare que cela colle à la réalité ! J’ai longtemps voulu être une maitresse qui parle bien, mais certains mots m’échappent (comme « cool » notamment) : Est-ce que je dois les réprimer ? J’ai fait le choix réfléchi de ne pas les dire trop souvent mais de les utiliser tout de même, notamment sur le ton de l’humour ou pour détendre l’atmosphère. On m’a aussi « appris » que l’humour était à éviter avec les enfants, mais je peine à réprimer l’ironie. Aujourd’hui je l’utilise, en leur expliquant très bien ce qu’est l’ironie, en veillant toujours à ce que le côté humoristique soit bien compris et en usant d’autodérision pour explique que « Si la maitresse semble dire une énorme bêtise, c’est que c’est une énorme bêtise » (en plus on travaille le fait qu’il faut être capable de prendre du recul face à l’information qu’on reçoit, même si la source semble légitime). Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Il n’y a pas de bons ou de mauvais choix a priori, mais ils doivent être des choix réfléchis et je conseille même de prendre le temps d’observer les conséquences de nos choix pour pouvoir les moduler et les faire évoluer. Il ne faut jamais se culpabiliser, il faut simplement prendre du recul et apprendre de nous-même, de ce que nous faisons et des retours que nous renvoient les élèves. Je dis souvent que ceux qui m’ont le plus appris sur la maitresse que je veux être et celle que je suis aujourd’hui, ce sont mes élèves et je le pense toujours. Ils nous apprennent bien mieux sur l’enseignement, l’apprentissage ou encore leur construction du social que n’importe quel CPC venu 3 fois dans notre classe.

N’hésitez cependant pas à discuter avec vos collègues, sur la toile ou en vrai, pour recueillir leurs avis, leurs positions. Ils n’auront pas de réponses toutes faites puisqu’il s’agit de vous, mais ils pourront vous donner des éléments de réflexion (un peu comme ce que je fais là, je l’espère). En tout cas, je me ferai un plaisir de répondre ou partager mon avis ou ma position sur les aspects qui vous interrogent en commentaire. Il est difficile de tout traiter en un « si petit » article !

Stabilité et prédictibilité

Une petite « erreur » que j’ai eu l’occasion d’éprouver par moi-même et que je remarque souvent, notamment dans les remplacements à durée indéterminée : le tâtonnement. Alors oui, nous tâtonnons tous en réalité, plus ou moins, avec plus ou moins d’intuition et d’expérience. Mais finalement, avec ce qu’on a de formation, on ne peut pas faire beaucoup mieux qu’essayer et corriger le tir au besoin. Avec le temps, on tâtonne de moins en moins souvent, ou on tape de plus en plus souvent juste, mais sans objectivation et prise de recul sur notre propre pratique, nous ne pouvons que progresser lentement. Je vous renvoie donc à mon « chapitre » sur l’observation.

Cela dit, même si nous tâtonnons tous dans une certaine mesure, ou même si nous sommes souvent amenés, à un moment donné ou un autre à corriger le tir, à modifier notre posture, la stabilité est un élément clé de la gestion de classe. J’ai déjà écrit tout un article sur ma façon de gérer les comportements et ma posture face à ceux-ci, mais il n’empêche que je trouvais important d’insister ici sur la stabilité. En effet, quand on débute, dans nos premières années, il n’est pas rare de constater qu’on est parti du mauvais pied, qu’avec cette classe-là, ce que nous faisons ne fonctionne pas. Cela dit, méfiance : il est important, je pense, de se laisser le temps. Changer de « système de gestion du comportement » toutes les deux semaines, le durcir ou l’assouplir trop rapidement, risque d’avoir un effet négatif difficile à gérer par la suite : les enfants les plus perturbateurs, ceux qui acceptent ou intègrent le moins le cadre, auront beaucoup de mal avec ces changements trop fréquents (ou trop rapides) et peineront à s’approprier un fonctionnement qui change trop souvent. Pire, ils risquent même d’y voir votre incertitude transparaître… et d’en jouer !

C’est un peu comme lorsqu’on donne une injonction à un élève qui fait la tête dure : il faut tenir. Je me rappelle de ma première année où, en début d’année, un élève très difficile refusait de quitter la classe après avoir hurlé et jeté son cahier sur un camarade. J’ai tenu tête. Ça a duré, encore et encore. Au bout d’une quinzaine de minutes, j’ai attrapé un livre d’un élève proche de la porte et j’ai donné des exercices d’entrainement à mes élèves. Puis, je suis revenu à mon élève, persuadée en mon fort intérieur que je n’allais jamais y arriver et me maudissant pour le bourbier dans lequel je m’étais enfoncée toute seule. Et puis, au bout de très longues minutes (plus d’une demi-heure…), il a cédé. Il est allé chez ma collègue. Je suis venue le revoir quand il était plus calme et nous avons discuté. Il ne m’a plus jamais résisté (en tout cas pas plus de 30 secondes :P) ensuite car il savait que je ne lâcherai pas le morceau : jamais. Aujourd’hui, je me dis que ce n’était probablement pas la bonne posture à adopter, dans le sens où ce genre d’affrontement est à éviter autant que possible. Depuis quelques années, j’ai plutôt tendance à anticiper le conflit ou l’opposition pour l’éviter. Mais il n’empêche qu’à partir du moment où j’avais demandé à ce qu’il sorte, il était trop tard pour faire marche arrière. Quand on dit que l’on fera quelque chose, on le fait. La prédictibilité de votre réaction est plus importante encore que la justice, car on ne peut être parfaitement juste en toute occasion (l’erreur est humaine, et nous sommes humains) mais on peut être parfaitement prévisible et réguliers dans nos réactions. Attention, je ne dis pas que la justice ne doit pas être au coeur de nos préoccupations mais là encore, j’invite plutôt à reconnaître nos limites et à ne pas se culpabiliser ou se mettre une pression inutile.

Stabilité et prédictibilité sont des éléments essentiels, selon moi, de la posture à adopter face à nos élèves. Elles les rassure et les cadre, bien plus que n’importe quel système à points, couleurs ou sanctions. Si vous voulez faire évoluer votre posture, je pense que le mieux est de le faire en douceur et toujours de manière explicite : prenez un temps pour parler à vos élèves, expliquer pourquoi vous faites les choix que vous faites. Mettre des mots sur les comportements, les attitudes attendues et celles observées, les raisons et les conséquences : tout cela aide l’enfant à devenir élève, et même un futur adulte ! Pour un changement un peu plus marqué, on peut profiter des retours de vacances (ça tombe bien, c’est dans une semaine et demie) ou d’un retour de weekend : « J’ai bien réfléchis pendant ces vacances et j’ai décidé que nous allons fonctionner un peu différemment…. » Pensez aussi aux parents qui ne s’y retrouveront pas si vous changez sans cesse de fonctionnement ou « d’échelles » : ils finiront par penser que vous êtes aussi perdus qu’eux et cela pourrait ternir la relation de confiance que vous vous efforcez d’établir avec eux.

Les petits détails

D’ailleurs, parlant de relation aux parents, j’ai fini par me rendre compte que les petits détails, les « apparences », étaient beaucoup plus rassurantes pour les parents que la profondeur de votre travail de pédagogue ou de notre investissement. Ne nous trompons pas : notre métier est d’enseigner. Il n’empêche que les parents auront moins confiance en une maitresse qui n’est pas capable d’exposer son emploi du temps en septembre, ou qui sort toujours 5 minutes en retard, ou encore qui prévient un peu tardivement d’une sortie scolaire. Quand vous sortez à l’heure, même si vous avez perdu 5 minutes d’apprentissage pour sortir de classe avant la sonnerie, vous montrez d’une part que vous savez gérer votre temps mais aussi que vous avez de la considération pour les préoccupations des parents (orthophoniste tout de suite après l’école, club de foot, séance de piscine, etc.). Quand vous exposez votre emploi du temps, ou alors les quelques projets que vous avez pensé pour l’année, vous montrez que vous savez où vous allez, vous montrez que vous maitrisez votre année. Quand vous prévenez à l’avance d’une sortie scolaire, vous laissez aux parents le temps de s’organiser pour réunir la somme (si besoin) par exemple, et là encore vous leur montrez que vous avez conscience que ce n’est pas toujours facile. Vous leur montrez, par la même occasion, votre grand sens de l’organisation ! Quand vous sortez en rang bien rangé, ordonné, calme, vous montrez que vous maitrisez votre classe, que les élèves vous respectent (et pourtant, ce n’est pas toujours lié !). A contrario, les parents auront vite fait de croire que c’est la foire dans la classe parce qu’un élève est parti du rang en courant, échappant à votre contrôle, même si tout se passe très bien en classe et qu’il s’agissait d’un élève hyperactif un peu particulier.

Il ne faut pas oublier que les parents ne sont pas dans la classe. Leur parler uniquement de pédagogie et de didactique ne leur dira pas grand chose : ça nécessite souvent un jargon propre aux initiés ou mène à des approximations qui n’ont rien de rassurantes. C’est quelque chose que l’on est essentiellement amené à faire lors des rendez-vous individuels cela dit, pour pousser un élève à aller plus loin ou donner les moyens aux parents d’accompagner leur enfant en difficulté. Par contre, les petits détails vont pouvoir les rassurer ou, au contraire, les inquiéter. Je ne dis pas que c’est bien, ni que c’est mal. Il n’y a aucun jugement. C’est juste un constat qui m’aide beaucoup à avoir des relations apaisées avec les parents et facilite ensuite la collaboration. Faire attention à ces petits détails, même si ce n’est pas la priorité, m’a fait économiser beaucoup d’encre et de salive. Il est plus facile d’aborder un parent à 11h30 lorsqu’on est sorti à l’heure, avec un grand sourire, que de l’approcher alors qu’il poireaute depuis dix minutes à n’a cessé de pester contre vos retards répétés face à tous les autres parents.

La communication avec les familles

On en arrive à la communication avec les familles. Le dernier conseil, et pas le moins important. La première chose qui peut frapper quand on débute, c’est à quel point les parents « ne suivent pas », n’éduquent « pas assez » leur enfant, ne le cadrent pas, ne suivent rien à nos mots, à nos demandes, à l’apprentissage des leçons, ne payent jamais les sorties à temps, râlent trop, etc. Bref, il y a souvent un épais mur d’incompréhension entre les parents et les professeurs qui débutent (pas toujours, je parle de ma propre expérience et de ce que j’ai pu voir). Parfois, il y a un fond de vérité. Parfois, les parents sont effectivement dépassés. Mais souvent, aussi, notre jugement est bien dur envers ces parents qui n’ont pas eu de formation, eux, et qui font du mieux qu’ils peuvent. Quoiqu’il en soit, tout sera mille fois plus difficile (voire impossible) sans la participation des familles. Il faut s’en faire un allié ! Ça ne peut pas toujours fonctionner avec tous les parents, et je ne dis pas qu’il faut en perdre le sommeil, mais je pense qu’il peut être intéressant de se pencher sur la posture que nous adoptons face aux familles pour éviter d’en arriver à une impasse.

Quelques petits trucs peuvent aider au quotidien. Quand un parent vient me voir, je le salue toujours en lui serrant la main. Je dois insister gentiment parfois mais si le parent était tendu, la tension redescend en général. De même, j’évite les discussions imprévues de longue durée : je coupe souvent court en proposant un rendez-vous. Soit c’était important ou la possibilité de faire un point me semble judicieuse et je relance à l’écrit, soit c’était une broutille et le parent arrive à se calmer de lui-même. Il ne s’agit pas de ne pas écouter les familles ou de couper le dialogue mais de le cadrer et de faire le tri entre ce qui mérite vraiment qu’on y passe du temps, et ce qui peut se régler rapidement. Sans cela, certains parents, sans le vouloir bien sûr, présentent le risque de nous « bouffer » : discussion de vingt minutes quatre fois par semaine à la porte, mots à répétition, etc. Le tout pour des discussions qui ne sont pas forcément fertiles et qui peuvent parfois même brouiller les pistes (le parent peut voir en vous une oreille attentive, psychologue ou assistante sociale de fortune, et oublie que votre rôle premier est d’enseigner à son enfant). Quand on prend un rendez-vous, on ne vient pas les mains vides : on prépare de quoi parler, présenter des éléments concrets et des réponses.

La première chose qui peut être trompeuse, d’ailleurs, c’est de croire que les parents ont la solution. S’ils l’avaient, il n’y aurait pas de problème. Ils n’ont que des éléments de réponse. A vous d’observer l’élève, d’analyser, de vous rapprocher du RASED, de vos collègues, de prendre connaissance du dossier s’il y en a un, de vous former, de réfléchir à une ou des solutions et aux questions précises que vous voulez poser aux parents. Ainsi, lorsque vous rencontrez la famille, vous êtes non seulement plus efficace mais en plus, vous allez pouvoir la rassurer et lui montrer que vous prenez les choses en main. Evidemment, cette préparation ne doit pas empêcher d’écouter les demandes des parents, les interrogations ou les inquiétudes. Il ne s’agit pas d’un cour magistral !

Enfin, et même si je le regrette parfois, force est de constater qu’il vaut mieux éviter de trop s’épancher à l’écrit. Aujourd’hui, à force de mésaventures avec des parents plus ou moins bienveillants (plutôt moins à mon égard, pour le coup), j’ai changé ma façon de fonctionner. J’ai un système de couleur qui témoigne du comportement général de l’élève et qui permet au parent de se faire une idée. Si l’orange ou le rouge se répètent, je rencontre les parents et nous parlons. Je ne vais pas écrire un roman sur le comportement de l’enfant car même s’il est factuel, même si je tâche de trouver du positif, il pourra être interprété et je n’aurai aucune prise là-dessus. Je préfère un court mot, précisant en une phrase ce dont je veux parler, pour proposer un rendez-vous. Si le rendez-vous n’est pas forcément nécessaire, il peut m’arriver de toucher un mot au parent à la sortie des classes, mais j’évite en général, ou alors d’appeler la famille. De même, il faut penser à la présence de l’élève : la voulons-nous ou pas ? Parfois, en début d’année, lorsque c’est une bêtise moyenne mais que je sens que l’élève est « fragile », prêt à déraper et à faire bien pire ensuite, je téléphone à la famille, lui parle du problème et propose une courte rencontre. Je précise au parent que je sais bien que la bêtise en elle-même n’est pas si grave mais que je leur demande de jouer le jeu, et d’insister avec moi sur l’importance de respecter les règles. Je m’en fais un complice et nous travaillons alors ensemble pour l’élève. Sans ça, il arrive que le parent nous remette en cause devant l’enfant, ne serait-ce qu’en essayant de relativiser et ce n’est pas quelque chose de bénéfique. L’oral est donc un outil efficace, car nous avons un retour direct de l’effet de nos paroles, et les parents doivent être mis dans la confidence, être des complices.

Autre chose, et c’est surtout valable pour les élèves en difficulté de comportement : ne pas attendre les difficultés pour rencontrer les familles. Je préfère prendre des rendez-vous dès le début de l’année avec certains parents, quand tout va encore bien et quand il y a encore du positif à exposer pour valoriser l’élève mais aussi, parfois, redonner du courage à des parents qui sont définitivement las d’être « convoqués » pour qu’on leur dise que leur enfant est terrible. Avec un peu de chance, les problèmes n’émergeront même jamais ! Pour les moins sensibles, j’ai quand même pour habitude de rencontrer les familles avant la fin du mois de décembre afin de faire un point. Quinze à vingt minutes peuvent suffire mais permettent de rencontrer tous les parents, d’accorder un petit moment à chacun et éviter de créer l’image d’une école qui ne communique que quand il y a des problèmes.

Conclusion

Même après avoir écrit cet énorme pavé, je doute d’avoir tout abordé et je suis pas sure d’avoir choisi les 10 éléments les plus essentiels. Je réagis surtout aux témoignages auxquels je suis confrontée. Je dois bien avouer que je manque toujours un peu de temps pour vraiment poser tout ce que je peux avoir en tête, le structurer, trier l’essentiel du moins essentiel… mais après tout, c’est un blog et non un livre ! Alors, j’espère que vous saurez vous montrer tolérants et que, malgré tout, ce long écrit pourra aider quelques professeurs, débutants ou moins !

D’autres articles viendront compléter cette petite « collection » sur le blog.

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